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Rwanda: l'opposante Diane Rwigara et sa mère acquittées d'incitation à l'insurrection
Burkina Faso: la justice française autorise l'extradition de François Compaoré, frère cadet de Blaise Compaoré, poursuivi dans l'affaire Norbert
Burkina: les syndicats de l'éducation appellent les enseignants à suspendre de toute forme d’évaluation pour compter de ce lundi 3 décembre
Région de l'Est: la gendarmerie déjoue une embuscade et abat 6 assaillants sur l’axe Fada-Bougui (lefaso.net). 
Etats-Unis: le 41e président américain, George H. W. Bush, est décédé ce vendredi 30 novembre 2018 à l'âge de 94 ans

TRIBUNE

Dans cette tribune,  l’Union pour le progrès et le changement (UPC) donne sa lecture sur l’opération de retrait des enfants et des femmes en situation de rue initiée par le ministère en charge de la Solidarité nationale. Tout en appréciant l’idée, le parti de l’opposition invite le gouvernement à appréhender le phénomène par un programme bien élaboré.

Le phénomène des enfants de la rue constitue un problème sociétal auquel sont confrontées certaines nations au plan mondial, et le Burkina Faso en particulier. C’est pourquoi au plan mondial, l’UNESCO, institution chargée du domaine, a tiré la sonnette d’alarme en 1990 à Jomtien (Thaïlande) par une déclaration dont la teneur est la suivante : « Les pauvres, les enfants qui travaillent, ne doivent subir aucune discrimination dans l’accès à l’éducation et à la formation ». Cette conférence mondiale sur l’éducation pour tous s’appuyait sur des statistiques de plus de 100 millions d’enfants dans le monde en situation difficile.

L’éducation étant un droit fondamental, les Etats présents et l’UNESCO ont pris l’engagement de s’inscrire  résolument dans la lutte contre le phénomène. A cet effet,  des centres pilotes ont été initiés par certains Etats africains tels que la Namibie, le Sénégal, le Mali et le Togo, afin de mieux cerner la problématique des enfants de la rue, et d’envisager la vulgarisation des meilleures pratiques en éducation.

Comme nous le constatons sur le terrain, le phénomène a la cuirasse dure et perdure, car puisant sa source dans nos cultures et s’alimentant de la pauvreté ambiante.

C’est dans ce sens, peut-être, que Madame la ministre de l’Action sociale a eu l’idée de lancer l’opération de retrait des enfants et des femmes de la rue. 

L’idée telle quelle est lumineuse et salutaire. Mais son application pose problème dans la mesure où l’opération n’ouvre pas clairement une fenêtre sur des éléments clés qui favoriseraient l’inclusion des marginaux. Il s’agit entre autres du volet éducation, à travers toutes ses composantes, formel, non formel, alphabétisation et formation, qui ne sont pas prises en compte dans l’opération de retrait des enfants de la rue présentée comme suit :

1-le public cible

-Les talibés (apprenants dans les foyers coraniques) ;

-les mères des jumeaux (culture du plateau mossi) ;

-les enfants de la rue (enfants en rupture familiale,  enfants avec attache familiale, enfants déscolarisés ou non scolarisés).

2. composante accueil 

Les structures d’accueil  existants s’avèrent insuffisantes, au regard du nombre très élevé des cas qui se répartissent sur l’ensemble du territoire national. Pour l’instant, les rares centres d’accueil proposés par le ministère se trouvent à Ouagadougou. Ce sont :

-L’Hôtel maternel ;

-Le centre de Tanghin ;

-Le centre ex-AMEO.

3. Composante prise en charge

La prise en charge se limite aux domaines suivants:

- Les frais médicaux ; 

-l’alimentation (restauration) ;

-l’hygiène.

Au regard du plan ainsi proposé, il est évident que seul le volet solidarité est concerné. Et ce, pour combien de temps ?

Quels sont les dangers auxquels sont confrontés les usagers de la rue et les moyens ou stratégies d’attaque à déployer pour assurer l’insertion sociale des enfants de la rue ?

Les enfants et les femmes vivant dans la rue s’exposent à des dangers tels que :

 -La consommation de la drogue ; 

-l’exposition à l’exploitation sexuelle ; 

-les travaux physiques (sites aurifères) ;

-la criminalité ;

-les maladies de tout genre ;

-les troubles psychiques ;

-la délinquance juvénile.

Les comportements non examinés et traités conduisent le sujet à la dépression, à la dépravation des mœurs, aux traumatismes, à la prison, et même à la mort.

Les individus en situation difficile se constituent souvent en gangs,  comme c’est le cas avec  les « Microbes » à Abidjan, qui défient les forces de l’ordre.

Si des mesures vigoureuses ne sont pas prises, ces enfants de la rue formeront à l’âge adulte une communauté au sein de la communauté, avec des comportements enfreignant l’ordre public et les bonnes mœurs.

De ce fait,  nous estimons qu’une simple opération à caractère ponctuel ne saurait constituer une solution durable et bénéfique pour tous.

La meilleure démarche aurait consisté à élaborer un budget conséquent, à définir les objectifs et la durée de l’opération, toute chose qui aurait permis de suivre et d’évaluer l’opération.

Nous avons suivi l’appel à contribution avec l’ouverture des comptes qui, pour nous, est du ressort du Ministère chargé de l’économie et des finances.

Ainsi, pour une question de gestion transparente et à succès, l’opération de retrait des enfants de la rue doit mobiliser tous les acteurs concernés par les effets pervers de ce fléau. Il s’agit:

-Du Ministère de l’action sociale ;

-du Ministère de l’éducation nationale ;

-du Ministère des droits humains ;

-du Ministère de la justice ;  

-du Ministère de l’emploi ;

-du Ministère de l’économie et des finances ; 

- du Ministère de la culture ;

-des ONG et des institutions œuvrant dans le domaine ;

-de la Commission de l’UNESCO .

 

L’opération a décliné son intention, mais nous ignorons à présent le nombre d’enfants et femmes au plan national concernés par le phénomène, et le coût réel qui sera supporté par le contribuable burkinabé.

En outre, aucune échéance n’a été donnée pour permettre une appréciation juste du nombre d’enfants qui seront retirés de la rue et insérés dans la vie active et normale.

Beaucoup de questions se posent quant aux chances de réussir le pari au regard de l’immensité du sujet et de sa complexité dans un contexte de pauvreté endémique.

Par ailleurs, les enfants talibés sont des mendiants traditionnels, qui vivent d’aumône avec leurs maîtres. 

Les parents ne participent pas à la prise en charge des études de l’enfant et pensent que le prix à payer est la contribution de l’enfant constituée de la collecte des aumônes et des travaux domestiques pour le maître.

Cette pratique des foyers coraniques date de l’époque de l’empire du Ghana (IIIe siècle ou IVe siècle AP. J.C.). Les pratiques en matière d’éducation s’inscrivent dans le domaine informel, sans jamais prendre en compte la modernisation de  ces écoles dans le cadre de la justice et de la démocratie éducatives. Tous les enfants ont droit à l’éducation et à la formation pour être utile à eux-mêmes et à la société tout entière. C’est un devoir pour l’Etat d’œuvrer à ce que tous les enfants aient les mêmes chances ou opportunités de devenir des citoyens responsables.

Pour les enfants en rupture familiale ou avec une attache familiale, les repas servis ne suffiront pas à les maintenir hors de la rue. 

Il s’agit, nous en sommes convaincu, de leur offrir des opportunités de réinsertion sociale. Les parents ou tuteurs qui incitent leurs enfants à mendier dans  la rue doivent faire l’objet d’une attention particulière.

C’est la raison pour laquelle le paradigme « opération », s’il ne cache pas un agenda à but de sensation électoraliste, doit changer en paradigme holistique appelé « programme » dont le budget sera approuvé par la représentation nationale. Car cette opération n’est pas un jeu de six mois ou d’un an, mais une œuvre de longue durée. Au niveau sous régional, les décideurs devraient se pencher, comme l’ont fait six  pays ouest-africains qui ont mutualisé leurs moyens pour mettre en place une structure dénommée « KARANTA », afin de booster l’alphabétisation concernant les enfants en pareille situation. 

Il y’a donc une cacophonie au sommet de l’Etat. Le projet en question devrait relever du Ministère de l’éducation nationale, qui en a les compétences et des infrastructures appropriées.

En rappel, depuis 2007, une loi d’orientation de l’éducation nationale a été adoptée au Burkina Faso. Cette loi fait obligation aux enfants de fréquenter les structures éducatives jusqu’à l’âge de 16 ans. Pour ce faire, des formules alternatives ont été expérimentées et vulgarisées pour la prise en compte des déscolarisés précoces et des non-scolarisés, par l’ouverture des centres d’éducation de base et des centres permanents d’alphabétisation et de formation (CPAF). Pour répondre à cette question d’exclusion scolaire, la loi a prévu des passerelles entre tous les ordres d’enseignement (formel, non-formel, alphabétisation). Ces passerelles devraient être organisées dans le but de réduire le taux d’échec scolaire. Ce qui nous fait dire que le Ministère de l’éducation nationale est prioritairement concerné par la question de l’inclusion des enfants en situation de rue. 

C’est pourquoi nous appelons les ministères sociaux cités plus haut, à revoir leur copie pour une meilleure synergie d’action. Dans le cas contraire, l’action sociale dépensera beaucoup et obtiendra un résultat en deçà de ses attentes. Le dossier est technique et non politique. Il relève de l’éducation nationale, selon la loi d’orientation de l’éducation.

Plusieurs actions ont été réalisées comme l’alphabétisation en milieu du travail (marchés et yaars, garage, rue), d’alphabétisation en milieu minier et d’alphabétisation dans les foyers coraniques.

En un mot, tout en adhérant à l’idée de retrait des enfants et des femmes de la rue, nous invitons le Gouvernement à prendre à bras le corps le problème à travers un programme bien élaboré,  étudié et planifié, pour apporter une solution durable et efficace. Le succès d’une action de ce genre pourrait nous aider à bâtir une société apte à se prendre en charge. A la lecture de notre système éducatif, tant que nous ne projetterons pas la construction d’une véritable classe moyenne, nous aurons toujours un nombre grandissant de personnes aspirant à tendre la sébile dans la rue.  

 

Ouagadougou, le 18 septembre 2018

Pour le Bureau Exécutif Central de l’UPC, 

Le 4ème Vice-Président de l’UPC, 

Amadou Diemdioda DICKO, 

Commandeur de l’Ordre national

 

 

 

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