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TRIBUNE

Résumé: Le présent article examine les conséquences du contact entre le jula véhiculaire et les langues maternelles des populations autochtones de la province de la Léraba (située à l’extrême Ouest du Burkina Faso). Une analyse des toponymes, des patronymes, des prénoms et des pratiques langagières dans ladite province nous permet de mesurer l’ampleur du degré d’influence culturel des Jula sur les populations locales qui y vivent. La langue jula est en effet omniprésente dans les pratiques langagières de la population. De même, les noms de familles et de lieux, ainsi que les prénoms y sont en majorité d’origine jula.

Introduction
L’Ouest du Burkina Faso se distingue, en termes d’ethnies qui y vivent et de langues qui y sont parlées, par un cosmopolitisme très marqué et une interpénétration impressionnante des groupes de populations. Cette partie du pays ne compte que seize des quarante-cinq provinces qui constituent le territoire national burkinabè. Pourtant, les langues qui y sont parlées sont estimées à 2/3 de la soixantaine des langues parlées au Burkina Faso, pour une population estimée à 14 017 262 habitants (selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitation - RGPH - de 2006). Elle est donc par excellence une zone de langues en contact.

De par son histoire et sa culture, le Grand-Ouest du Burkina Faso est considéré comme la zone mandingue du territoire national. Il est culturellement proche du Mali et du Nord de la Côte d’Ivoire. Du reste, une bonne partie de sa population est constituée de groupes ethniques vivant de part et d’autre des frontières entre le Burkina, le Mali et la Côte d’Ivoire. Dans ces trois pays le jula (qui est une variante du bambara parlé au Mali) a le statut de langue véhiculaire et langue de large communication. Au Burkina Faso, le jula est l’une des trois principales langues nationales du pays.

Son envergure dans cette partie ouest du pays est de telle sorte qu’elle est présente dans le quotidien des populations et menace même la survie des langues d’origine des populations locales. C’est d’ailleurs cet état de fait qui justifie l’emploi de plus en plus généralisé de la création lexicale ‘julaïsation’ pour désigner l’envergure sans cesse croissante du changement qu’impliquent la langue et la culture jula dans le vécu des populations de l’Ouest du Burkina.

C’est la présence permanente et l’influence de cette langue véhiculaire dans la vie desdites populations qui ont interpellé notre curiosité et nous ont incité à examiner l’état de la situation dans la province de la Léraba, qui est la zone administrative frontalière avec à la fois les républiques sœurs du Mali et de la Côte d’Ivoire. Notre objectif à travers cet écrit est de relever les faits les plus parlants qui constituent les preuves palpables de cette hégémonie de la langue et de la culture jula dans la province de la Léraba. Les exemples illustrant notre argumentaire dans cet écrit ont été rassemblés tout au long de nos différentes tournées dans la région.

I. Brève histoire du contact entre les Jula et les populations autochtones de la province
Pour comprendre le phénomène sans cesse croissant de ‘julaïsation’ de la province de la Léraba, il faut nécessairement se référer aux premiers contacts entre les Jula et les communautés autochtones qui peuplent ladite province. L’histoire du contact entre les Jula et les populations autochtones de la province de la Léraba se confond en effet, en grande partie, d’une part à celle du pays senufo tout entier, et d’autre part à celle de tous les autres groupes ethniques qui peuplent la région des Cascades en particulier.

Par pays senufo il faut entendre ici cet important espace géographique morcelé, par le biais de la colonisation, entre les Etats du Burkina Faso, de la Côte-d’Ivoire et du Mali (et dans une moindre mesure du Ghana) et qui est peuplé d’une multitude de groupes ethniques ayant un fond culturel commun et dont l’écrasante majorité est constituée de Senufo.

Si l’on s’en tient en effet à Mills (2003: xi-xii), "le pays sénoufo s’étend du 8° au 13° de latitude Nord et du 3.8° au 7.10° de longitude Ouest. Il est en forme d’une sorte de botte située à cheval sur les frontières du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire […] Situé dans la région de Bondoukou, à cheval sur la frontière entre le Ghana et la Côte d’Ivoire, il existe aussi un groupe senoufo de locuteurs nafaara […]".

Selon l’historien ivoirien T. Ouattara (1986: 12), les premières migrations des Jula en pays senufo, datent de la chute de l’empire du Mali: " Situé entre les savanes soudanaises productrices de sel et les zones pré-forestières de la côte guinéenne, productrice de kola, fréquentées depuis peu par les premiers navigateurs européens, le pays senufo fut envahi aussitôt après la dislocation de l’Empire du Mali par des aventuriers mandingues dont les Bambara, les Malinké et les Jula ".

Bien après, la population de l’actuelle région des Cascades, dont le chef-lieu est la ville de Banfora, a subi au 18e et au 19e siècle l’influence de plusieurs empires jula; et l’une des conséquences directes de cette influence y est la domination sans cesse croissante de la langue jula comme langue véhiculaire et langue de large communication. Cet état de fait est confirmé par Dombrowsky-Hahn (2007: 139), qui note par ailleurs, toujours au sujet de la langue jula, que "l’époque coloniale a également été favorable à son épanouissement car elle servait de moyen de communication dans le cadre militaire et administratif " (Cf. Dombrowsky-Hahn 2007: 155).

Pour aborder le cas spécifique de la province de la Léraba (l’une des deux provinces de la région des Cascades), il faut noter que la ville de Sindou (qui en est le chef-lieu), fondée au 15e siècle au cœur du pays senufo par les commerçants jula, a constitué l’un des points fondamentaux d’où s’est répandue et enracinée la langue jula dans toute la province de la Léraba et même au-delà.

Les autres villages de la province où vivent des communautés jula (dont certaines sont, selon de nombreux témoignages, constituées de familles senufo très anciennement julaïsées) sont: Baguèra, Kangora et Fourkoura. En effet, de par leurs activités économiques, les commerçants jula sillonnaient tous les petits hameaux habités par les populations paysannes locales, pour la vente de leurs articles et l’achat de céréales. Ils en profitèrent pour mener des campagnes d’islamisation dans les villages qu’ils parcouraient. En fins calculateurs, leur style de vie finira par séduire les populations locales qui chercheront du coup à leur ressembler. Leur langue, facilement accessible, s’imposera ainsi petit à petit dans la communication interethnique, dans cette province qui est à la fois l’une des moins peuplées et l’une des plus multilingues du Burkina Faso.  

En outre, la province de la Léraba, de par sa situation géographique frontalière avec le Mali et la Côte-d’Ivoire, regorge de grands marchés qui sont des lieux de rencontres par excellence. Il est indéniable que le jula qui y est parlé le soit aussi par le biais des commerçants maliens qui écument tous les grands marchés de la zone.

II. Les traits de l’influence du jula sur les populations autochtones
Les traits caractéristiques de la culture jula, pour un observateur averti, sont facilement perceptibles dès que l’on franchit le seuil de la province de la Léraba. Des noms de lieux aux noms de personnes, en passant par la profusion des emprunts au jula lorsque les populations s’expriment dans leurs propres langues, etc., les traits de l’influence de la culture jula transparaissent dans presque tous les faits et gestes des populations autochtones de la Léraba.

2.1. L’exemple des langues locales et des pratiques langagières
Pour une population estimée à 124 280 habitants (selon le RGPH 2006), nous avons dénombré au moins une dizaine de langues nationales régulièrement parlées dans la province de la Léraba. Chacune de ces langues est reconnue comme langue maternelle d’une communauté ethnique y vivant. Il s’agit entre autres du: senar, kpeego, samogo, jula, wara, natioro, ble, turka, fulfulde et moore. Certaines de ces langues, à l’image du mooré et du fulfuldé, sont parlées par des communautés non autochtones qui y ont migré de longue date. Les autres langues, en termes de vitalité, connaissent d’années en années un recul qui inquiète de nombreux linguistes (Cf. Prost A., 1968; Sanogo, M. L., 2007). Dans toute la province de la Léraba le jula est utilisé comme langue véhiculaire et langue seconde de la presque totalité de la population. Les enfants utilisant le jula comme langue secondaire sont précocement bilingues. L’une des preuves vivantes de la domination de la langue jula sur les populations autochtones de la province est liée même aux dénominations des langues parlées par ces derniers. Elles sont toutes d’origine jula; du moins les noms officiels et les plus connus dans la région. Les noms d’origine ne sont usités que seulement au sein de chaque communauté. Les noms ci-dessus des langues sont transcrits phonétiquement:

   Nom officiel / jula
Nom authentique
Ble             
jalkuna
natioro        
samakunè
numu          
kpeego
samogo      
jowele
senufo       
senar
turka         
tyurama
wara        
   samoe           


Dans les habitudes de communication de la population de la Léraba, les langues locales sont usitées presqu’exclusivement dans le cadre familial. Hors du cadre familial, dès lors qu’elles sont en contact avec des personnes qui ne sont pas de leur groupe ethnique, les populations autochtones s’expriment systématiquement en jula. Ainsi, lorsqu’ils ont affaire à un fonctionnaire de l’Etat servant dans leur localité, c’est le jula qui est d’habitude utilisé. De même, nous n’avons connaissance de l’utilisation d’aucune des langues locales comme langue d’alphabétisation dans la province.

C’est en jula que les nombreux paysans alphabétisés sont initiés à la lecture, à l’écriture et au calcul. Par ailleurs, nous avons remarqué que tous les débats qui sortent du cadre des sujets de discussions traditionnels du domaine familial ou clanique, se tiennent en priorité en jula. C’est notamment le cas des campagnes politiques d’envergure, des activités des religions révélées (Islam, Christianisme) et des débats sur l’éducation. Même dans le cadre familial, nous avons remarqué que le jula est la langue dominante lors de certaines réjouissances et certaines pratiques coutumières dont l’origine jula semble bien probable, etc.

Dans les principales villes de l’Ouest du Burkina Faso, surtout dans les établissements d’enseignement secondaire, les traits frappants des langues locales qui transparaissent dans les interventions de leurs locuteurs lorsque ceux-ci s’expriment en jula, font très souvent l’objet de railleries de la part de certaines personnes. Ainsi, les personnes vivant momentanément ou permanemment dans ces localités se démènent, à travers des exercices d’auto-entraînement,  pour effacer de leur pratique du jula l’essentiel des traits qui font l’objet de moqueries acerbes.

2.2. L’exemple des patronymes et des prénoms
Dans la province de la Léraba, à l’exception des populations turka, les patronymes authentiques ont été totalement supplantés par les noms de famille mandingues importés par les commerçants musulmans jula. Les patronymes senufo, wara, natioro, blé, samogo et numu ont totalement disparu depuis belle lurette, à telle enseigne que de nombreuses personnes âgées de ces communautés que nous avons interrogées sur la question ne semblaient plus s’en souvenir.

Certains nous ont tout simplement signifié que les patronymes qu’ils portent aujourd’hui sont ceux de leurs ancêtres. Par le jeu des éponymes, ces populations ont établi des équivalences entre leurs patronymes d’origine et ceux des Jula qu’ils ont vite adoptés, sûrement par complexe ou par peur de représailles de la part des Jula qui servaient d’interprètes et d’auxiliaires à l’administration coloniale. Selon certaines sources, le principe de changement de nom a été suggéré ou imposé par les conseillers occultes et les marabouts jula, dont s’étaient entourés certains grands chefs en quête de puissance accrue. Pour retrouver les patronymes d’origine senufo, il faut se référer aux Senufo ivoiriens qui ont majoritairement conservé leurs patronymes authentiques.

Patronyme mandingue / jula Patronyme authentique senufo
Traoré, Sanogo, Kamara Sékongo
Koné, Konaté    Silué
Coulibaly, Keita    Soro
Ouattara   Yéo
Diarassouba, Dagnogo   

 Tuho / Tuô

En ‘pays’ turka, la situation est tout autre. En dehors de quelques rares familles qui ont adopté les patronymes mandingues, la presque totalité a conservé le leur. Tous respectent cependant la logique des équivalences avec les patronymes jula, à travers les éponymes, et se prêtent au jeu des alliances à plaisanterie tel qu’établi par les Jula, non seulement au sein de leur communauté, mais aussi avec les autres communautés de la région.

Patronyme mandingue /                                                              jula                                Patronyme authentique turka
Traoré    Soura
Koné   Hié
Coulibaly   Son
Ouattara                        Cara / Kara                   

 

Si quelques rares familles turka ont adopté les patronymes jula en remplacement de ceux de leur communauté d’origine, d’autres par contre ont choisi de cumuler les deux, c’est-à-dire le patronyme d’origine turka suivi de son équivalent jula (cf. tableau ci-dessus). Ainsi, il n’est rare de rencontrer par exemple dans certains villages turka de la province de la Léraba des patronymes du genre: Soura Traoré, Soura dit Traoré, Hié Koné, etc.

En ce qui concerne les prénoms, la situation est encore plus homogène que celle des patronymes dans toute la province. Les prénoms authentiques sont de plus en plus abandonnés au profit de ceux importés par les jula et que les populations considèrent comme modernes (prénoms d’origine jula et prénom d’origine arabe communément appelés prénoms musulmans). Certaines personnes portant encore les prénoms authentiques depuis la naissance, ont adopté des prénoms jula (ou musulmans) et éprouvent même une certaine gêne quand on les désigne par leurs prénoms authentiques. Ces prénoms sont de moins en moins donnés aux nouveau-nés comme de par le passé. Qu’ils soient musulmans pratiquants ou non, ou encore féticheurs les parents donnent systématiquement des prénoms musulmans / jula à leurs enfants. Ainsi, certains de ces prénoms, de par leur régularité dans toute la province, méritent qu’on les cite en exemples:

Prénoms jula les plus fréquents    Prénoms musulmans les plus fréquents
Sériba, Sounkalo, Môkadi, Namarmandi, Tchèmadôgô, Allamadôgô, Alasson, Fatchè, Alamantora, Batôgôma, Fatôgôma, Tchèkoura, Tchèmôgô, Fintalabô, Moussokoura, Moussognouma, Yiriba, Fakô, Yèrèsègè, Fadugô, Sériba, Sitigui, Noumoutchè, Noumoumousso, etc.    Seydou, Fousséni, Brama (~ Blahima), Worokya, Fanta, Siriki, Madou, Hamadou, Doulaye, Abdoulaye, Lamine, Moussa, Issa, Kassoum, Bakary, Lamoussa, Yacouba, Mamouna, Alima(ta), Fatoumata, Djènèba, Karim, Sétou, Korotoumou, Lassina, Drissa, etc.

Les familles converties au christianisme attribuent également des prénoms chrétiens à leurs enfants.

2.3. L’exemple de la toponymie
Les noms désignant les lieux font partie des signes les plus palpables de la domination de la langue et de la culture jula dans la province de la Léraba. Comme l’a si bien remarqué l’historien Bakary Traoré, (2006: 311), " la plupart des toponymes de la région connus à travers les cartes et utilisés par l’administration ont été attribués par les Jula […]. Ces toponymes jula se sont superposés aux toponymes anciens au point de les cacher ".

Nous n’allons nous intéresser dans le présent écrit qu’aux noms des localités où vivent des communautés autres que les Jula. En la matière le constat est impressionnant. Les villages les plus concernées par cet aspect sont ceux où vivent les Senufo et dans une moindre mesure les Natioro. En pays senufo, les noms des villages sont d’habitude des noms composés dont le premier segment est le nom distinctif de chaque village (nom du fondateur, signe caractéristique du lieu ou du groupe de population qui s’y est installé, etc.) et le second segment le terme kaha qui signifie ‘village’ en senar. Sous l’effet de la culture jula, la situation actuelle des noms officiels de nombreux villages se caractérise par la substitution du terme kaha par ses équivalents jula : dugu ou so. Nous avons même enregistré un cas où le terme kaha a été remplacé par le mot jula faso ‘terre des parents’. Très souvent, dans ces nouveaux noms hybrides, le terme senufo comporte des erreurs de transcription sans doute liées à la non-maîtrise des langues locales par les Jula et les colons.

a) Kaha  >  Dougou

Toponyme traditionnel    Toponyme officiel
Fassalakaha        Fassaladougou
Konandougou    Konakaha
Naguélékaha   Naguenedougou
Nangokaha   Nangodougou
Nerfoundougou     Nerfounkaha
Zagnekaha     Zagnedougou


b) Kaha  >  So

Toponyme traditionnel   Toponyme officiel
Dionkaha       Dionso
Kodononkaha   Koudononso
Kôkaha   Kolasso            



c) Kaha  >  Faso

Toponyme traditionnel    Toponyme officiel
Woulakaha         Woulafaso                 

 

d) Les noms de certains villages sont les traductions en jula des noms authentiques senufo.

Toponyme traditionnel        Toponyme officiel  Sens des termes
Gnangôhô        Kurufin Colline noire
Kafônon   Sokura   Nouveau village
Kakpôhô    Soba  Gros village
Kaplékaha                             Blesso                        Village des Blé                     
Toudounkaha       Noumoussoba  (gros) village des forgerons


e) Dans d’autres cas, on assiste à une substitution totale du patronyme authentique par un terme jula de sens totalement différent. C’est par exemple les cas de ces villages natioro et senufo:

Toponyme traditionnel   Toponyme jula / officiel
Djokaha        Djondougou
Samtedié    Sindoukoroni
Sougolikaha    Gnassoumadougou
Tchéwalkaha    Tagouassoni
Télikaha   Dakôrô
Wotièlèguè                       Lèra
Yanzankaha    Kôbadah         


Les nombreuses nouvelles concessions ou les nouveaux hameaux de culture qui se créent de plus en plus dans la province ont pratiquement tous des toponymes jula. Les plus fréquents de ces toponymes sont: Sokura ‘nouvelle concession/village’, Sabaribugu ‘habitat du pardon’, Gnasumabugu ‘habitat de paix’, etc. 
Conclusion

L’observation des patronymes, des prénoms, des toponymes et des pratiques langagières dans la province de la Léraba nous révèle une zone profondément marquée par l’influence culturelle jula qui, de surcroît, va crescendo. Caractérisée par le morcellement ethnique et l’interpénétration de ses populations, la province de la Léraba nous présente de plus en plus un visage en voie d’uniformisation; ce qui ne dégrade en rien la richesse culturelle qui l’a toujours caractérisée. Ce qui inquiète cependant, c’est l’influence unidirectionnelle imposée par le jula véhiculaire.

Cela constitue un danger pour certaines langues minoritaires qui y sont parlées et dont la situation de longue agonie commence à peine d’émouvoir leurs propres locuteurs. Si rien n’est fait dans les années à venir pour sauver ces langues, elles pourraient se compter parmi les nombreuses langues de l’Ouest du Burkina dont la disparition, selon de nombreux observateurs, s’annonce imminente.

Références bibliographiques

Dombrowsky-Hahn Klaudia, 2007. « Le kar à Banfora », in Languages in African Urban Contexts. A Contribution to the Study of Indirect Globalisation. Berlin: LIT Verlag. 189-271.

Mills Richard, 2003.    Dictionnaire sénoufo - français: sénari - parler tyébara (Côte d’Ivoire). Tome I. Köln: Rüdiger Köppe Verlag.

Ouattara Tiona, 1986. Quelques aspects de la culture des Sénoufo. Niamey: Centre d’Etudes Linguistiques et Historiques par Tradition Orale, (OUA/CELHTO).

Prost André, 1968. Deux langues voltaïques en voie de disparition: Le wara et le natioro. Publications du Département de Linguistique Générale et Linguistique Africaine de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Dakar.

Sanogo Mamadou Lamine, 2007. « Une dizaine de langues menacées », in Carrefour africain, numéro 1138, mensuel burkinabè de février 2007. 31-32.

Traore Bakary, (2006). « Aperçu sur l’histoire du peuplement de l’Ouest du Burkina à partir de l’analyse de quelques toponymies », in Cahier du CERLESHS, n° 24. 308-331.


TRAORÉ Daouda
INSS / CNRST
Ouagadougou, Burkina Faso
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