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TRIBUNE

Les élites politiques et intellectuelles du burkinabè semblent toujours avoir la mémoire courte. Même en se référant continuellement, dans leurs discours, à l’insurrection d’octobre 2014, beaucoup parmi eux ont, dans leurs actes et attitudes, montré la preuve de leur profonde ignorance des motivations réelles qui ont mis le peuple dehors à cette époque.


Les élections municipales partielles prévues pour le 28 mai 2017, à la suite de la dissolution de 16 conseils municipaux (Arrondissement 4 de Ouagadougou, les communes de Andemtenga, Barani, Dablo, Dandé, Madjoari, Kindi, Kantchari, Saponé, Seytenga, Zabré, Zoaga, Kombori, Kougny, Karangasso-Vigué et la commune de Ziga), et la convocation du corps électoral desdites communes et celles de Béguédo, Bouroum-Bouroum et Zogoré, seront très chères pour le contribuable burkinabè.

Pour un total de 19 communes, ces élections vont coûter plus de 1,2 milliard de F CFA au budget de l’État. Si l’on rapporte cela à l’électorat concerné et aux collectivités concernées, le ratio coût/électeur, dans une situation d’investissement qui ne nécessite plus le renouvellement de certaines ressources, est astronomique.
En termes simples, cela veut dire que le Burkina Faso s’apprête à organiser l’une des élections les plus chères de l’histoire, avec probablement moins d’efficacité et d’efficience du processus électoral, en termes de rapport quantité-qualité/coût, seulement deux ans et demi après la révolte du peuple contre l’élite.

En effet, il est très difficile d’expliquer au peuple pourquoi, dans une activité qui conserve la plupart des ressources de son processus support (listes électorales, urnes et ressources matérielles diverses) et celles de son processus métier (c’est-à-dire l’activité impliquant la technicité pure de l’organisation des élections), le renforcement des capacités des acteurs ayant déjà été effectué, le coût de ces élections monte de façon vertigineuse ?

La seule réponse plausible ne saurait se trouver que dans la voracité de son processus de pilotage, c’est-à-dire là où l’on fournit le moins d’effort et qui, par ailleurs, ne contente que la prise en charge de la participation des dirigeants et des élites au processus. En termes clairs, dans l’impossibilité d’accéder aux termes de références et aux outils de gestion de ces élections 2017, on peut suspecter l’énormité du coût des élections 2017 dans les moyens et ressources utilisés pour le seul processus du pilotage de ces élections.

Avec la petite expérience d’évaluation de l’Administration publique et au regard des difficultés que connaissent les citoyens, il est indécent de s’aventurer dans un tel gouffre à partir du moment où des efforts de réduction peuvent être faits sur les processus de pilotage pour sauvegarder les ressources publiques d’un tel gaspillage.
Malgré sa mauvaise réputation et son refus de s’inscrire dans la gestion moderne de l’État, Yaya DJAMEH de la Gambie a eu le mérite de se faire battre avec rien que des bidons et des boules de billes d’enfant. Au moins ça, c’est un exemple à suivre. On comprend mieux pourquoi les populations du Sahel ne souhaitent plus voir une délégation de ministres chez elles à chaque fois qu'elles ont le cœur meurtri, sous prétexte que c’est du gaspillage d’argent et non de la compassion.

Ousmane DJIGUEMDÉ
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