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PORTRAIT

Bien connu pour ses chansons proverbiales et son reggae épuré, Roger Wango, auteur de cinq albums, est incontestablement l’une des grosses signatures musicales du Burkina. Mais aussi un défenseur acharné de l’environnement qui vient de se faire coiffer par un bonnet de chef par-dessus sa casquette de leader d’un orchestre qui se proclame « syndicat de l’ambiance ».

Samedi 6 février 2016. Un évènement particulier réunit les notables et les habitants de Tanga, village situé à 165 kilomètres de Ouagadougou, la capitale du « pays des Hommes intègres ». Ce jour-là en effet, Roger Wango est paré, devant les siens et une foule de témoins, de ses attributs neufs de chef, devenant ainsi leManegre Naaba (ministre du développement) du chef du village, Naaba Sigri. L’évènement est d’autant plus important que celui qui prend désormais le nom de guerre de Naaba Zipenda Wedga — en référence à la liane goïne, « un arbre à l’ombre duquel pousse beaucoup de végétation et dont le fruit est super vitaminé » — est un artiste musicien talentueux qui continue de marquer le monde du showbiz dans son pays et ailleurs.

La cérémonie d’intronisation de cet artiste populaire, qui marie depuis tant d’années son reggae racé avec les ingrédients culturels de son terroir, a ainsi drainé du beau monde à Tanga, et notamment des invités de marque venus non seulement de Ouagadougou, mais également d’Italie, du Mali, de la Côte d’Ivoire… De ce chef pas tout à fait comme les autres, qui a dû emprisonner ses dreadlocks de rastaman dans son bonnet le temps d’une cérémonie cultuelle à forte charge émotionnelle, on parlera encore longtemps. D’autant que cela fait déjà plusieurs années qu’il s’est engagé dans le développement de son village.

En effet, à Tanga, tout le monde connaît Roger Wango. Ce fils du terroir, passionné de chasse, prend les questions d’environnement très au sérieux, s’investissant sans relâche dans les opérations de reboisement, de récupération des sols et autres séances de sensibilisation. Des actions concrètes dans ce patelin qui abrite 3 000 âmes, et qui ont déjà valu à Roger Wango d’être fait, le 11 décembre dernier, chevalier du développement rural avec agrafe environnement dans l’ordre du mérite du Burkina Faso. Pour l’auteur de « Leila », un de ses titres phares, il s’agit sans conteste d’une formidable « reconnaissance » qui vivifie son statut d’artiste et fortifie sa tunique de « ministre du développement » de Tanga. « Grâce à ma casquette d’artiste, les contacts sont aisés et fructueux avec l’administration. J’accentuerai à présent mon action afin de faire mieux pour le bien-être du village », promet-il.

CASQUETTE – Entre le bonnet du chef et la casquette de l’artiste, il ne faut cependant pas mettre le doigt. Car Roger Wango, artiste accompli qui compte à ce jour cinq albums à son actif, n’a pas fini d’épater les mélomanes. Et compte bien marquer à nouveau, bientôt, sa présence dans les bacs ! Dans son dernieropusPakitilaké, sorti en 2011, il met justement l’accent sur la nécessité pour chacun de rester lui-même.« Chacun a sa voie, on peut réussir dans tous les domaines si on travaille bien et s’investit à fond. Mais en toute chose, il faut être soi-même », professe l’artiste dans la chanson éponyme.

Un album tout en reggae, riche en proverbes et en leçons. Comme dans Ritito, titre dans lequel Roger Wango évoque avec un humour consommé les sacs et les ressacs de la rumeur. « Ça s’est passé au marché de Sankariaré… Je n’étais pas là, mais façon qu’il obéit comme un mouton, la go-là a mis un truc dans son manger… » Et d’égrener une panoplie de fausses nouvelles que véhicule Dame rumeur : « Il n’y a pas de fumée sans feu… C’est un pompier pyromane… Véritable médecin après la mort… C’est un gros trafiquant… Il a un marabout japonais… »

Ce qui fait la force des chansons de Roger Wango, c’est qu’elles servent aux mélomanes, au fil des albums, une belle musique reggae qui véhicule des messages forts puisés dans le vécu quotidien et qui s’appuient sur des proverbes et des images du référentiel local. Ainsi appelle-t-il, par exemple, à plus de justice et à un partage plus équitable des biens et richesses lorsqu’il s’insurge, dans Yadi, contre l’indifférence de ceux, nombreux, qui regorgent de biens pendant que d’autres croupissent dans la misère. « Partageons le gâteau », invite-t-il, expliquant que « beaucoup de personnes n’ont rien d’autre pour vivre que la partie de la viande que certains autres jettent ».

En fait, c’est déjà tout jeune que Roger Wango a appris à aimer les proverbes et l’art de la parole imagée. Baigné dans la tradition des contes au clair de lune, l’artiste s’est vite forgée aux subtilités de l’art oratoire et proverbial. Plus tard, sur son parcours de musicien et ancré dans ses racines culturelles, il s’est fait beaucoup d’amis parmi les chanteurs traditionnels, acquérant au passage un solide bagage cultuel tourné vers les valeurs.

Même aujourd’hui, celui qui écrit des chansons pour des films et aussi pour des pièces de théâtre, évoque encore avec nostalgie son « maître » Jean-Claude Bamogo qui l’aidait à ciseler ses textes et à donner plus de mordant à ses chansons. « Il m’a appris l’écriture musicale en mooré, ainsi que beaucoup de choses formidables. C’était un homme généreux, toujours à l’écoute des jeunes et à les encourager, allant même jusqu’à mettre son matériel à disposition pour des concerts… », dit-il à propos de Jean-Claude Bamogo, aujourd’hui décédé.

ETTA JAMES ! – L’aventure musicale de Roger Wango commence au début des années 1970 dans un univers alors rythmé par la soul de James Brown et d’Otis Redding que survolaient aussi les variétés françaises. Le déclic vient un jour lorsqu’il écoute un disque d’Etta James, chanteuse américaine de jazz, soul et rhythm and blues. « Tiens, se dit-il, ça doit être bien de pouvoir faire comme elle ». Tout à sa passion, le jeune Roger se documente, digère pas mal de sons, adore et interprète des artistes de la sous-région, comme l’Ivoirien François Lougah et le Béninois Gustave Gbénou Vickey alias GG Vickey. Bientôt, les nuits scolaires lui servent de tremplin. Lycéen, il crée en 1974, avec des copains, une petite formation musicale baptisée « Les Volcans ».

Quelques années plus tard, sa conviction est faite que son expression musicale devrait emprunter les accords et la rythmique du reggae. Le célèbre Jamaïcain Jimmy Cliff, mais aussi Johnny Nash et plus tard Bob Marley, avaient fini de le conforter dans ce choix musical qui donne naissance, entre 1978 et 1979, au groupe « Rastafari Brothers ». Bien vite, les concerts à succès succèdent aux nuits scolaires. Ce qui n’empêche pas Roger Wango de prendre ensuite toute sa place dans l’orchestre « Dési & les Sympathiques », formation musicale de référence s’il en est du Burkina des années 1980 et 1990. « Dési m’a beaucoup apporté techniquement », avoue celui qui a chanté Je suis fan de toi en 1997. Dans ce groupe bien équipé en matériel de musique, l’auteur de Ragga de Ouaga a en effet forgé son art à l’aune des expériences multiples de vedettes internationales que l’orchestre accompagnait lors de leurs prestations à Ouagadougou.

C’est justement à cette époque que Roger Wango décide de s’adonner entièrement à la musique, contre l’avis de son père qui rêvait de le voir entrer dans l’administration et qui était franchement en rogne contre ce petit qui était toujours « dans les bars avec un orchestre ». Il aura fallu une prestation retransmise en direct à la radio, et notamment le succès de sa chanson Tenga Yinga, dédiée à l’An II de la révolution sankariste, pour que le père reconnaisse les mérites de son fils et lui donne enfin sa bénédiction.

Tenga Yinga ne fut pas seulement une chanson à succès, mais aussi le titre du premier album (six titres) de Roger Wango, sorti en 1987. Bientôt suivi, deux ans plus tard, de Toujours essayer, un hymne au courage et à la motivation. En 1991, avec l’album Ratata, l’artiste affirme sa personnalité musicale, avant de signer l’album de la maturité en 1996. Sur cet opus figure notamment la chanson Leila, sortie quelque temps plus tôt, et qui délivre un message d’amour et de générosité. Cette chanson — ainsi que tout l’album du reste —, orchestrée de main de maître par le « Zama su noogo band », le nouvel orchestre de Roger Wango, est une pure merveille musicale. Une merveille qui a ravi les milliers de festivaliers présents à la cérémonie d’ouverture du Festival international du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) en 1995, à laquelle l’artiste était l’une des attractions majeures.

Rétrospectivement, il ne regrette pas, Roger, d’avoir fait un saut en France, en 1990. C’est là-bas, en effet, qu’il regroupe pêle-mêle les musiciens, tous blancs de peau, qui composent le « Zama su noogo band », véritable « syndicat de l’ambiance » ainsi qu’ils se proclament eux-mêmes. Un syndicat qui a réussi à faire crépiter les bacs à musique et à exploser l’applaudimètre. Aujourd’hui, le groupe est inscrit dans un projet musical non contraignant, chacun des membres évoluant parallèlement de son côté.

Et pour Roger Wango, c’est déjà le temps d’offrir de nouvelles galettes musicales à ses fans, nombreux, qui l’ont par ailleurs apprécié dans ses apparitions sur le petit écran, et notamment dans la série Ouaga Love. Une série drôle et réaliste, entièrement perlée, musicalement, des chansons de son dernier album, Pakitilaké. Pour celui qui était déjà officier des arts, des lettres et de la communication, agrafe musique et danse, 2016 devrait accoucher d’un nouvel album. Avec encore plus punch et de proverbes…

Par Serge Mathias Tomondji

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