Aujourd'hui,

PORTRAIT

Fille d’un ancien diplomate, Laure Sawadogo n’était pas prédestinée à faire du micro son principal outil de travail. Pourtant, elle finira par s’y faire et s’illustrera à travers ses œuvres comme l’une des meilleures journalistes à l’échelle nationale. Du prix Galian, à celui de la meilleure journaliste décerné par le Centre national de presse Norbert Zongo, «la voix suave» de Radio Légende a décroché bien des lauriers.


«Je suis à la fois animatrice et journaliste. Je réalise, je suis à la technique, je dirige  mes propres émissions». Ainsi se présente Laure Sawadogo. «Pour les reportages, de la prise de son au montage, j’assure tout moi-même», ajoute celle dont la timidité est reconnue. Timidité qu’elle a du reste décidé de vaincre en faisant le choix de la radio. «Cette opportunité était pour moi une forme de thérapie», affirme-t-elle. 

Son cursus scolaire s’est déroulé en partie entre l’Ethiopie, la France, la Guinée Conakry et Sao-Tomé et Principe. Laure, qui a opté pour une filière scientifique, est également passée par le marketing et le management. A travers des stages de formations auxquels elle prend part durant ses séjours à Ottawa et Hull, au Canada, elle s’initie au journalisme. «Sur le tas», précise-t-elle.

Au Burkina Faso, la radio s’imposera à elle. Très tôt, celle qui avait déjà eu la chance, toute petite, de voyager à travers le monde aux côtés de défunt père, alors expert des Nations unies, est devenue femme de média. Et cela, après avoir tracé une croix sur son désir de devenir médecin. Son intérêt pour la chose artistique et culturelle a contribué à amener Laure Sawadogo vers le journalisme. C’est en tant qu’animatrice d’émissions musicales que Laure tracera les sillons d’une carrière déjà bien fructueuse. Elle a également opéré un petit détour par le cinéma en 1998 et 2001 en jouant dans la série télévisée «A nous la vie» de Dany Kouyaté, puis dans «Scénario d’Afrique» d’Idrissa Ouédraogo.

Un privilège
Laure Sawadogo est convaincue d’une chose, elle exerce un beau métier car, reconnait-elle, «avoir à sa portée un outil qui permet de s’adresser à des milliers de gens est un privilège qui n’est pas donné à tout le monde». Toutefois, elle sait aussi que cela constitue une grande responsabilité. Celle qui plonge les auditeurs de Radio Légende dans leurs plus vieux souvenirs en connait un bout sur les difficiles conditions de travail, du traitement des journalistes et les risques que ceux-ci courent pour traiter des sujets sensibles. Cependant, admet-elle, ces difficultés ne doivent pas pousser le journaliste à la résignation car «le sacrifice en vaut vraiment la peine».

Pour les sujets sensibles, la journaliste a ses méthodes. «Je les aborde de manière à toucher les gens», déclare Laure Wendémaneghdé Sawadogo, dont la qualité du travail de journaliste sera récompensée à plusieurs reprises: les prix Galian de la meilleure interview radio en 2012 et 2016, le prix d’encouragement du jury pour la meilleure journaliste burkinabè en 2014, le prix de la meilleure journaliste décerné par le Centre national de presse Norbert Zongo, successivement en 2015 et en 2016. Pour elle, ces distinctions sont un message à toujours aller de l’avant.

Malgré ses nombreux trophées bien disposés dans un coin de son salon, «la timide» de Radio Légende a gardé les pieds sur terre et se projette vers d’autres perspectives. Pour celle qui a vu le jour un 6 octobre à Ouagadougou, il est temps d’envisager de se lancer dans la télévision, à travers la réalisation de ses propres reportages télé sur des sujets qui lui tiennent à cœur. Des productions dans lesquelles elle s’intéresserait aux gens et à leur vécu. Mariée et mère de trois enfants dont deux filles, cette femme casanière arrive tout de même, malgré sa charge de travail à la radio et à la maison, à trouver du temps pour ses enfants et faire de la corde à sauter, son sport favori.

Références
Tout en prenant du plaisir à vivre sa passion, celle qui a fait ses armes à Radio Pulsar, sous la houlette de Francis Malcom, ressent durement aujourd’hui l’absence de son père qui la soutenait énormément et lui prodiguait des encouragements au début de sa carrière. «Il était mon premier auditeur. Sa fonction de sociologue démographe, sa grande expérience, lui permettaient de formuler des critiques constructives à mon égard», avoue Laure. Ses références dans la vie sont les partisans de la non-violence, ces hommes et femmes épris de paix et de justice dont Norbert Zongo, le journaliste assassiné, Ken Saro Wiwa, l’écrivain et militant écologiste nigérian exécuté par pendaison par le régime du général Sani Abacha, et les défunts Nelson Mandela, Martin Luther King et Rosa Park. Elle n’oublie pas toutes ces femmes journalistes qui ont fait bouger le monde des médias. «Elles sont nombreuses de par le monde, victimes d’attaques et de menaces à cause de leur engagement pour la profession», affirme celle qui a également sous sa coupe le volet commercial de Radio Légende.

© Fasozine N°67, Janvier-Février 2017

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Des mots pour le dire...

Sondage

Le président français, Emmanuel Macron, promet de «déclassifier» les documents liés à l’assassinat de Thomas Sankara. Va-t-il tenir parole ?

NEWSLETTER

Abonnez vous à notre bulletin d'informations pour être quotidiennement informé