De nombreux musulmans sont mécontents de l’organisation du Hadj 2011. Dans cette lettre adressée au ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité -dont Fasozine.com a pu se procurer une copie-, il protestent contre les désagréments rencontré par les pèlerins: départs aléatoires, des séjours à la belle étoile sur les lieux saints de l'islam, des frais de participation élevés, des traitements humiliants, des pèlerins abandonnés en rade… Ils recommandent que des mesures soient adoptées pour mieux réussir les pèlerinages à venir.
«Monsieur le Ministre,
Depuis longtemps déjà, l'organisation du pèlerinage musulman, hadj, se caractérise au Burkina par de nombreuses difficultés, très souvent liées aux acteurs impliqués dans l'organisation de ce cinquième pilier de l'islam. Chaque année, les médications contre cette souffrance sans raison infligée aux candidats au hadj se succèdent et se ressemblent toutes par leur incapacité à mieux réussir ce voyage spirituel. Par le passé, ce sont les acteurs musulmans, laissés à eux-mêmes dans l'organisation du pèlerinage, qui étaient montrés du doigt comme les responsables des échecs répétés observés dans l'organisation du pèlerinage. L'Etat burkinabé finit par s'impliquer dans la chose pour, disait-on, réparer les torts et faire cesser les indicibles souffrances qui étaient infligés à ses ressortissants. Malheureusement, même si des améliorations appréciables ont été apportées par le système des agences et la concurrence instaurée entre elle, force est de reconnaître que toutes les difficultés n’ont pas été pour autant aplanies. Loin de là. L’impression demeure que les acteurs se sont succédé au chevet des musulmans malades de leur organisation au même rythme que les difficultés, que tous nous déplorons.
Le système des agences doit être amélioré et le processus surveillé plus étroitement. L'implication de l'Etat aura eu cependant le mérite de préciser une chose : ce sont moins la qualité des acteurs impliqués et leur appartenance religieuse qui étaient en cause que la présence de personnes qui trouvent dans l'organisation du pèlerinage un filon pour s'enrichir sans s'encombrer de compassion pour les pauvres pèlerins de notre pays. Le résultat en est des départs aussi aléatoires que fatigants pour nos pèlerins, des séjours à la belle étoile sur les lieux saints de l'islam, des frais de participation au hadj parmi les plus élevés de la sous-région, des traitements humiliants infligés aux pèlerins à l'aéroport international de Ouagadougou, des pèlerins du hadj 2009, abandonnés en rade à Tripoli, avant d’être ramenés au Burkina grâce à notre ambassade, sans être remboursés, alors qu'ils s'étaient déjà acquitté des frais du voyage...
Toutes ces difficultés trouvent leurs sources dans :
- un quasi-monopole, injustifiable, accordé de fait depuis 2007 en matière de transport de nos pèlerins, qui fait obligation même aux organisateurs de passer par un seul et unique affréteur d’avions pour leurs déplacement en Arabie Saoudite ;
- le climat d’impunité qui peut inciter certaines agences de recrutement et d’encadrement des pèlerins à ne pas respecter leurs obligations contractuelles, notamment à ne pas encadrer suffisamment ceux qu’ils ont inscrits ou à les abandonner à eux-mêmes une fois arrivés aux Lieux saints. Cette année encore des pèlerins ont dormi à la belle étoile ;
- l’impunité qui entoure certains acteurs impliqués dans le transport, qui donnent l’impression de compter sur des mentors pour leur protection, en ne respectant pas par exemple les dispositions de leur cahier des charges, qui leur imposent de prévoir un avion de remplacement en cas de panne de l’avion pressenti pour le transport des pèlerins ;
- le silence de certaines structures religieuses, relativement par exemple à la situation des pèlerins débarqués en Lybie 2009, et la faible implication de tous les citoyens burkinabé dans la résolution définitive des problèmes rencontrés dans l’organisation du Hadj au Burkina…
Monsieur le Ministre,
Nous ne pouvions rester insensibles aux cris de détresse et à la souffrance, pourtant évitable, de nombreux pèlerins, venus pour la plupart de nos campagnes et de nos villes, silencieux par ignorance de leurs droits et endurants au nom de leur foi. Silencieux malgré cette charge psychologique et sociale combien terrible que représente pour ces pèlerins un voyage à la Mecque annoncée mais avorté. Aussi, en tant que citoyens, sensibles à la peine des candidats au hadj et de leurs familles, demandons-nous :
- que des dispositions soient prises au plus vite pour régler au mieux le sort des pèlerins encore en attente à Ouagadougou et à Bobo, avant la fermeture des frontières saoudiennes. Ils ne sont pas encore rassurés quant à l’effectivité de leur voyage en Terre sainte vu que la date du 29 octobre proposée pour leur départ ne s’est pas accompagnée d’heure de convocation et qu’il est à craindre qu’un seul vol ne suffise pas pour le transport de tous ceux qui attendent encore ;
- que la part des choses soit faite à l’issue de ce hadj-ci sur la responsabilité des structures étatiques impliquées dans l'organisation du pèlerinage (Ministère des Transports, Ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité) et celle des acteurs privés associés à l'organisation nationale du hadj. Qu'un audit à cette fin soit commandé et fait de toutes les étapes du pèlerinage (notamment du transport à destination de l’Arabie Saoudite et d’hébergement des pèlerins une fois sur place) et que les suspects soient dénoncés à la justice pour subir les rigueurs de la loi ;
- que des solutions concertées et crédibles soient recherchées pour améliorer le système actuellement adopté afin de réussir les prochaines éditions du pèlerinage, notamment
* en ouvrant davantage le transport de nos pèlerins à plusieurs compagnies de transports aériens afin de faire jouer la concurrence;
* en appliquant réellement les sanctions prévues en cas de non-respect des dispositions contenues dans les cahiers de charges, pour punir et dissuader;
* en améliorant les conditions de la visite médicale des futurs pèlerins faite au Burkina et les conditions de leur hébergement en Terre sainte;
* en faisant du Comité de suivi un cadre de concertation entre agences et transporteur concernés par le hadj et non une structure isolée;
- que des mesures de dédommagement soient imposées par l'Etat contre les acteurs fautifs au profit des pèlerins lésés lors des éditions précédentes du hadj, notamment ceux qui, bien que s’étant acquittés des frais du hadj n’ont pu y prendre part, ceux qui ont dû exposer des frais supplémentaires pour se prendre en charge à cause de retard ou d'absence d'avion pour leur transport jusqu'aux lieux saints ;
- enfin qu'un observatoire, animé par des personnes sages et crédibles, soit mis en place pour suivre l'organisation du pèlerinage et que des moyens lui soient alloués pour lui permettre d'identifier les mauvais gestionnaires et de les dénoncer à la justice.
Monsieur le Ministre,
Depuis trop longtemps, notre silence à tous a profité aux tortionnaires des pèlerins musulmans. Il est maintenant temps que l'Etat confirme sa volonté de rechercher le mieux-être de sa population et exprime publiquement sa désapprobation contre les coupables fautifs impliqués dans le pèlerinage. La volonté affichée par l'Etat burkinabé pour regarder avec sévérité la façon dont les choses publiques sont gérées doit aussi se manifester dans le hadj, qui est une activité cyclique impliquant une dizaine de milliers de Burkinabè et qui concerne 60,5% des burkinabés.
En attendant les mesures que vous voudriez bien initier pour améliorer l'image du pèlerinage burkinabé et le sort de nos ressortissants qui y sont impliqués, veuillez recevoir Monsieur le Ministre, l'expression de notre profond respect.
Ouagadougou, le 27 octobre 2011
Un groupe de musulmans»
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