Aujourd'hui,

PARLONS-EN

«Je compte aller loin avec cette équipe. Mais pour y arriver, nous allons la renforcer. Surtout en défense avec un bon gardien de but et de bons latéraux. Nous avons des latéraux, mais qui ne participent pas activement au jeu. Et c’est cela qui manque à cette équipe. Je suis confiant pour aller loin avec cette équipe si je trouve les joueurs qu’il faut et je m’y attèle.» Ainsi parla… Paulo Jorge Rebelo Duarte dans les colonnes de Fasozine, en mars 2016, quelques temps après avoir repris les rênes de l’équipe nationale de football du Burkina (Fasozine N°62, Mars-Avril 2016, page 14). Il faut croire que le technicien portugais, qui avait déjà coaché les Etalons entre 2007 et 2012, a su opérer le bon casting et le bon management pour un résultat appréciable.

Aujourd’hui en effet, et alors que nombre de Burkinabè ainsi que les observateurs et consultants avertis des réalités de la scène footballistique africaine ne vendaient pas cher leurs sabots, les Etalons du Burkina se retrouvent bel et bien dans le carré d’as de la 31e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN Total Gabon’2017), dont la phase finale se joue actuellement au pays d’Ali Bongo Ondimba. Et au regard de la prestation d’ensemble de leur équipe nationale, qui a réussi à prendre la tête de leur groupe devant le Cameroun, le Gabon et la Guinée-Bissau, c’est désormais tout un peuple qui rêve de sacre continental.

Une fierté et une attente légitimes qu’est venue renforcer la belle victoire (2-0), en huitièmes de finale, des ambassadeurs du «pays des Hommes intègres», contre les Aigles de Carthage, porte-fanion de la Tunisie. Un succès intervenu dans le dernier quart d’heure de la partie sous l’impulsion d’un Aristide Bancé des grands jours, auteur d’un magnifique but sur coup de pied arrêté et d’une époustouflante relance qui permit à Préjuce Nacoulma de corser l’addition après une chevauchée fantastique. «J’ai surpris la Tunisie en alignant d’entrée des joueurs auxquels elle ne s’attendait pas, comme Touré ou Bayala. L’adversaire pensait voir Alain Traoré ou Aristide Bancé débuter le match. On a attendu la deuxième période pour mettre Bancé parce qu’on connaît son potentiel sur les balles arrêtées», a confié le sélectionneur des Etalons, qui a réussi par la même occasion un excellent coaching.

Après quatre matches dans cette compétition — deux matches nuls contre le Cameroun (1-1) et le Gabon (1-1) et deux victoires contre la Guinée-Bissau (2-0) et la Tunisie (2-0), voilà donc les Etalons du Burkina à deux paliers d’une potentielle première place sur le podium des médaillés. Comme en 2013 où ils ont manqué de peu le titre face au Nigeria. Les vice-champions de 2013, renforcés par de nouvelles énergies à la sauce Duarte, réussiront-ils à décrocher cette fois-ci le graal et à inscrire enfin le nom du Burkina au panthéon des étoilés de la CAN?

Pour y arriver, il faudra d’abord affronter et vaincre les Pharaons d’Egypte, équipe-diesel de cette compétition qui, sans trop forcer, se retrouve aussi dans le carré d’as, sans avoir pris un seul but, et en sortant… le Maroc d’Hervé Renard à qui les bookmakers avaient prédit un meilleur destin. Il faut se rappeler que les campagnes africaines du «sorcier blanc» Hervé Renard ont été récompensées au plus haut niveau, avec deux titres de champion d’Afrique avec la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015. Ironie du sort, après deux matches nuls contre le Togo (1-1) et contre la République démocratique du Congo (2-2), les Eléphants de Côte d’Ivoire ont été congédiés de la compétition de cette année à l’issue du premier tour par… le Maroc, qui a pris le meilleur (1-0) sur les champions en titre.

Pour l’heure, chacune des quatre équipes qualifiées pour les demies finales doivent être en train de peaufiner les stratégies et les tactiques en fonction de l’adversaire d’en face. Les Etalons ont certainement deux gros coups à jouer. D’abord, passer l’os égyptien qui leur barra la route de la finale en 1998, sur leurs terres de Bobo-Dioulasso. Ensuite, et s’ils réussissent à passer cette étape, tutoyer le vainqueur de l’autre demie finale (Cameroun-Ghana) pour tenter d’établir, cette année, un nouvel ordre footballistique africain. «Il faut y croire. Nous allons nous concentrer sur la demi-finale et tout faire pour gagner ce match parce que nous avons fait mieux en 2013 lorsque nous sommes allés en finale, mais on ne l’a pas remportée. Donc cette année, on doit faire mieux qu’en 2013. On peut gagner!», estime Aristide Bancé à l’issue de la rencontre de samedi dernier.

L’envie, on le voit, est là. Mais la motivation des Etalons, qui peuvent aussi compter sur leur excellent portier, Hervé Kouassi Koffi, ne suffira pas. Il faudra aussi, sans doute, davantage de rigueur défensive et encore plus de culot offensif pour désarçonner ces diables de Pharaons qui ont gardé leurs cages inviolées jusque-là. Sans compter qu’ensuite, le Ghana et le Cameroun, vieux briscards de cette compétition dont ils ont maintes fois concocté les recettes du succès rêvent tous d’accrocher enfin une nouvelle étoile à leurs maillots. En cas de ticket pour la finale, le chemin du sacre des Etalons passe forcément par la domination de l’un de ces deux vétérans du football africain qui ont déjà montré qu’ils sont encore capables du meilleur.

En tout état de cause, à l’étape actuelle, tout est ouvert. Les Etalons doivent savoir qu’ils sont désormais attendus et que leur jeu sera analysé sous toutes les coutures par leurs adversaires. En espérant de nouvelles bonnes surprises du stratège Duarte, le match de mercredi prochain passe donc déjà pour… le match de leur vie de footballeur, de concert avec un peuple qui claironne à l’avance les vuvuzelas de la victoire.