Aujourd'hui,

PARLONS-EN

La terre ne ment pas». Une réalité immuable en son temps, mais qui malheureusement ne fait plus vraiment recette de nos jours. Surtout au Burkina où au grand dam des paysans, la nature, changement climatique oblige, fait des siennes, modifiant les saisons à sa guise. Du coup, les pluies dont la régularité et une répartition adéquate dans l’espace déterminent la qualité des récoltes, s’illustrent par leur absence ou leur mauvaise couverture du territoire national.

 

Cette année encore, les paysans burkinabè ont été confrontés aux caprices du ciel qui a mis bien du temps à ouvrir ses vannes pour arroser les champs qui ne demandaient que de l’eau pour faire valoir leur fertilité. Mais malgré cette arrivée tardive des pluies et leur fin un peu trop brusque, à en croire certains — dont ce vieux cultivateur d’arachides de la province du Boulgou —, les Burkinabè devraient connaître des jours heureux en matière de nourriture.

Au début de la saison agricole 2016-2017, c’est une production céréalière de plus de quatre millions de tonnes qui était en ligne de mire, soit une hausse de 12% sur la saison précédente. Quant aux récoltes des autres cultures vivrières, les projections tablaient sur plus de neuf millions de tonnes, soit une augmentation de 31,31%, par rapport à la campagne précédente. En attendant le bilan, s’il faut se fier aux déclarations qui ont sanctionné la plupart des visites de terrain des autorités, on peut logiquement faire preuve d’optimisme.

Si l’on en croit les statistiques à mi-parcours, la saison agricole présente donc une mine satisfaisante. Toutefois, il importe que l’Etat renforce sa présence aux côtés des producteurs car des maux comme le manque d’eau, l’absence de routes et l’impraticabilité de celles qui existent et les difficultés liées à l’écoulement des produits sont encore des boulets au pied de l’agriculture burkinabè. Pour jouer sa partition, le gouvernement n’a visiblement pas marchandé son engagement aux côtés des producteurs, collant à la vision manifestée par le président du Faso de mettre fin… à la faim et de parvenir à une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable au profit des populations.

«Mes ambitions dans le domaine de l’agriculture sont essentiellement l’augmentation des potentialités de production afin de faire reculer considérablement l’insécurité alimentaire à l’horizon 2020 et de renforcer les capacités des populations pauvres et des groupes vulnérables (femmes et jeunes) à faire face au chômage et espérer en l’avenir». Foi de Roch Marc Christian Kaboré, qui confirme que le Burkina Faso, pays essentiellement agricole, doit innover en la matière pour accroître ses chances, non seulement d’échapper au cycle pernicieux des déficits alimentaires mais surtout de construire le socle de son développement sur du solide.

Innover. Le mot doit transcender l’effet de mode pour redonner espoir à des populations trop souvent tenues en laisse et malmenées par les aléas climatiques. Innover en permettant aux chercheurs de mettre à la disposition des producteurs des semences les plus améliorées. Innover en mécanisant l’agriculture et en développant la culture intensive au détriment de celle intensive trop vorace pour l’espace au point de générer des conflits itératifs entre agriculteurs et éleveurs.

Innover également en rendant le régime foncier plus souple au profit des femmes jusque-là interdites d’être propriétaires terriennes et leur faciliter l’accès aux crédits agricoles. Innover en vulgarisant davantage l’agrobusiness. Innover en favorisant le retour à la terre des nombreux jeunes, femmes et hommes contraints à l’exode rural et à l’exil avec tous leurs corollaires dont la surpopulation des villes, le chômage urbain, la criminalité sous toutes ses formes, etc.

En somme, innover en reformulant la politique agricole du Burkina Faso pour la rendre plus efficace au service du développement. Car, «la terre ne ment pas».

Par Morin Yamongbè

 

© Fasozine N°66, Novembre-Décembre 2016