Aujourd'hui,

PARLONS-EN

Cela n’aura échappé à personne, le pagne tissé du Burkina revient en force! Même si d’aucuns le trouvent tout de même cher, les Burkinabè affectionnent de plus en plus le Faso Dan Fani tandis que les pouvoirs publics multiplient les actions pour mettre en avant ce qui est considéré comme un symbole fort de l’identité nationale.

Remis au goût du jour au plus haut sommet de l’Etat sans tambour ni trompette idéologique, le Faso Dan Fani (du dioula Fani: le pagne; Dan: tisser; et Faso: patrie ou territoire) fouette donc à nouveau la conscience collective dans un retour de flamme assumé. Il ne s’agit plus de décréter le port obligatoire de ce pagne traditionnel, désormais finement travaillé par des créateurs de génie, mais d’amener chacun à cultiver tout naturellement ce réflexe… patriotique.

Si les politiques se donnent de la peine pour s’afficher fièrement en Faso Dan Fani notamment dans les grands rendez-vous diplomatiques, les populations, elles, s’étaient déjà laissé séduire depuis longtemps par ces belles cotonnades aux couleurs flamboyantes avec lesquelles les stylistes rivalisent de créativité. Est-il besoin de parler ici de Pathe’O, habilleur attitré de feu Nelson Mandela et ambassadeur s’il en est de la valorisation des produits locaux, dont la griffe s’exporte aux quatre vents? En décembre dernier encore, Pathe’O a séduit le public sud-africain avec sa collection Sahel Suite«un ensemble de vêtements hommes et dames faits dans du tissé africain, notamment le Faso Dan Fani, le voile teinté et le lin».

C’était à l’occasion de «Festivoire 225», des journées culturelles ivoiriennes, tenues du 3 au 5 décembre 2015 à l’initiative du bureau culturel de l’ambassade de Côte d’Ivoire en Afrique du sud.

Autre grand nom de la mode africaine qui craque pour le Faso Dan Fani, le styliste libano-ivoirien Élie Kuame, conquis par le vaillant travail des femmes tisserandes du Burkina Faso qui, dit-il, ont réussi à bercer ses sens.«Au gré de leurs mouvements saccadés, le Faso Dan Fani, aux couleurs chaudes et pimentées, se laissait ainsi dompter, sans opposer la moindre résistance», commente «Monsieur Blackamorphose», qui s’est appuyé sur cette étoffe burkinabè pour produire sa «collection printemps-été 2016, avec de fortes références aux années 1950».

Thomas Sankara peut être fier et dormir tranquille dans sa tombe: la plus emblématique de ses signatures culturelles lui a magistralement survécu. Reste toutefois à faire rayonner véritablement le Faso Dan Fani dans un univers où le pagne chinois, et notamment un «Faso Dan Fani synthétique» lui font de l’ombre.

L’ambition gouvernementale de «valoriser la production locale et la transformation du coton par les acteurs de la filière, notamment les tisseuses» passe entre autres par une densification de la production, une organisation efficace de la transformation et une bonne maîtrise des moyens de distribution.

De quoi redonner du tonus aux plus de 80 000 femmes qui travaillent dans ce secteur au Burkina Faso, selon les estimations de l’Association Afrikikré qui organise, depuis l’année dernière, le «Dan fani fashion week» afin de promouvoir le pagne tissé sur le continent, et au-delà. Pour la présidente de cette association, Marguerite Douanio, «si l’on ajoute les créateurs, les exportateurs de pagnes, on peut raisonnablement parler d’une centaine de milliers de personnes qui vivent directement du pagne tissé».

De quoi aussi faire rêver à une réhabilitation de l’ancienne usine Faso Fani, qui ne semble plus une simple vue de l’esprit. Certains responsables, et pas des moindres, s’y voient déjà…