Aujourd'hui,

C’est comme lorsque René-François Sully Prudhomme déclamait son poème intitulé «Un songe». Dans ce rêve cauchemardesque décrit par l’auteur dans le célèbre poème paru en 1866 dans son recueil Les Epreuves, le premier lauréat du prix Nobel de littérature, en 1901, montre bien que «nul ne peut se vanter de se passer des hommes».

Grand ou petit, chaque ouvrier, chaque travailleur, chaque homme ou femme est un peu… l’artisan du bonheur de la collectivité, quelle que soit son activité. Car en effet, on peut légitimement se «sentir abandonné de tout le genre humain» lorsque par une nuit, en songe, le laboureur vous dit: «Fais ton pain, je ne te nourris plus, gratte la terre et sème.» Et comme si cela ne suffisait pas, le tisserand y va lui aussi de sa grève, rétorquant, acerbe: «Fais tes habits toi-même»; tandis que le maçon renchérit: «Prends ta truelle en main.»

En tout cas, pour les boulangers du Burkina, fermement en grève pendant 72 heures en juin dernier, il n’était nullement question de songe. Les populations ont véritablement manqué de pain, une denrée de grande consommation au «pays des Hommes intègres». Lancée par la Fédération nationale des boulangers et pâtissiers du Burkina (FNBPB), cette «grève du pain», assortie, le 10 juin, d’une marche de protestation, visait à dénoncer des «traitements inhumains» dont sont victimes les boulangers.

Entre autres exigences des grévistes, qui n’excluent pas de rebeloter en mode illimité, «le respect de la liberté syndicale, la reprise des boulangers licenciés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso pour fait de grève, le respect de tous les protocoles d’accords signés par les employeurs des boulangeries», et cætera, et cætera… Mais surtout, «la signature de la convention collective des boulangers et des pâtissiers du Burkina par tous les patrons des boulangeries et l’élection des délégués du personnel dans toutes les boulangeries et pâtisseries».

Il apparaît que la signature de la convention collective reste le point nodal des revendications de la Fédération nationale des boulangers et pâtissiers du Burkina. Une manière saine pour ce corps de métier d’actualiser ses conditions de vie et de travail dans un contexte socioéconomique qui se fait de plus en plus rude.

En filigrane, se pose aussi pour le consommateur la question du prix du pain, qui pourrait entrer dans le tourbillon des négociations entre employeurs du secteur et autorités publiques. Car l’application de la convention collective, destinée à corriger à juste titre la situation globale des travailleurs de ce secteur, a un coût qui ne sera certainement ingéré que par des mesures d’accompagnement appropriées.

Si les boulangers réclament à cor et à cri l’application de leur convention collective, les informaticiens, quant à eux, n’ont pas manqué de monter récemment au créneau, prenant l’opinion nationale et internationale à témoin, pour… interpeller le chef de l’Etat sur leurs problèmes.

Réclamant notamment «le rétablissement, le rappel et l’augmentation du taux de l’indemnité spéciale d’informaticien à 200 000 F CFA; le reclassement du diplôme des ingénieurs des travaux informatiques en catégorie A2; le rattachement de tous les informaticiens de l’administration publique et parapublique (EPE, EPA, Société d’Etat, etc.) au ministère en charge des TIC; un plan de carrière et une grille indiciaire pour tous les informaticiens de l’administration publique». N’est-ce pas, là aussi, une forme de convention collective informatisée?

Ouille, ça chauffe! D’autant que le Syndicat des professionnels des TIC (Synptic) précise dans sa lettre en date du 1er juin dernier au président du Faso, que «dans un contexte international et sous régional où la sécurité passe pour être une priorité absolue (terrorisme, cybercriminalité, etc.), les TIC sont un véritable outil indispensable pour la prévention et la résolution de crises sécuritaires».

Non sans avoir auparavant rappelé à Roch Marc Christian Kaboré la promesse du candidat du Mouvement du peuple pour le progrès selon laquelle «les technologies de l’information et de la communication seront intégrées dans tous les secteurs de développement pour en renforcer les performances et les rendements». Arguments informatiquement massues!

De conventions collectives aux conventions correctives, les journalistes ne sont pas non plus en reste, qui s’interrogent, eux, de plus en plus sur… l’applicabilité de leur bible de travail, signée en grande pompe en janvier 2009…