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EDITO

Proclamée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) le 10 novembre 2009, la Journée internationale Nelson Mandela (Nelson Mandela Day) est célébrée le 18 juillet de chaque année depuis 2010. Objectif: «commémorer la contribution de Nelson Mandela, militant de la cause antiapartheid et premier président noir d’Afrique du Sud, à la promotion d’une culture de paix».

Il est ainsi demandé à chaque citoyen du monde, au cours de cette journée, date de naissance de l’ancien matricule 46664 de la tristement célèbre prison de Robben Island, de… «consacrer symboliquement soixante-sept minutes de son temps à une œuvre au service de la collectivité, en mémoire des soixante-sept années que Mandela a vouées à sa lutte pour l’égalité, la réconciliation et la diversité culturelle». Le «Mandela Day» reste donc, à bien des égards, l’hommage, amplement mérité, de la «communauté internationale» à un homme qui aura mis sa vie entière au service de la paix, de la tolérance et de la réconciliation.

Si le 18 juillet fait référence à la naissance du porte-étendard de la lutte contre l’apartheid, en Afrique du Sud, mais aussi du refus des discriminations quelles qu’elles soient et où qu’elles se passent dans le monde, on ne peut s’empêcher d’évoquer aussi, à cette occasion, la disparition de Nelson Mandela dont les actions impacteront encore durablement la vie des nations. En effet, presque trois années se sont déjà écoulées depuis le 5 décembre 2013 où il a rendu son dernier souffle, et pourtant, «Madiba» reste tellement présent dans les mémoires, plus vivant que jamais! Comment pouvait-il en être autrement lorsque l’on sait que les leçons d’humilité, de sagesse et de démocratie qu’il a léguées au monde restent gravées dans le marbre? Et même si certains, qui devraient donner l’exemple, feignent souvent de les oublier, ces leçons-là fouettent constamment la conscience collective, conférant à cet homme inclassable une dimension universelle indéniable.

Non, le monde ne peut pas devenir subitement amnésique face aux brûlures du passé, ni passer par pertes et profits l’inégalable sacrifice de cet homme exceptionnel dont l’incroyable contribution à la paix universelle se transmettra de génération en génération. Car, ainsi que l’avait si bien indiqué le chef de l’Etat français, François Hollande, «Nelson Mandela était déjà entré dans l’Histoire de son vivant. Mort, il prend place dans la conscience universelle». La célébration de cette journée qui lui est dédiée constitue l’un des témoignages les plus poignants à l’œuvre incommensurable de cet homme d’hier et de demain dont l’enfance, les longues années de prison, l’engagement politique et les quelques années de pouvoir marquent à jamais le parcours de l’humanité.

Né le 18 juillet 1918 dans le village de Mvezo, dans la province du Cap-Oriental, les 95 années de vie de Nelson Rolihlahla Mandela, qui s’est éteint le 5 décembre 2013 à Johannesburg, n’aura pas été un long fleuve tranquille. Et si le long chemin dans lequel il s’est engagé pour la libération de son peuple a abouti, le 11 février 1990, à sa libération des geôles de l’apartheid après 27 années de bagne, c’est en grande partie en raison de sa personnalité et de son incroyable intelligence à répondre aux assauts de ses oppresseurs par une bonne dose d’humanité et d’humilité. Convaincu, ainsi qu’il l’écrit dans Un long chemin vers la liberté — le livre qui retrace ses souvenirs et sa vie de combattant —, que «pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé».

En s’assignant pour mission, une fois en prison, de… «libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur», Nelson Mandela aura courageusement réécrit tous les scénarii d’une mort lente et certaine concoctés par le régime d’apartheid, mais aussi d’étouffement programmé du désir d’émancipation du peuple noir d’Afrique du Sud.«J’ai toujours su qu’au plus profond du cœur de l’homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire», témoigne-t-il encore dansUn long chemin vers la liberté.
Alors que la «communauté internationale» célèbre aujourd’hui cet homme si généreux et tellement humble, on peut encore légitimement rappeler le cri d’exaspération lancé peu après la disparition de l’icône de la lutte antiapartheid par la journaliste belge Béatrice Delvaux. «Arrêtons, en Europe et en Occident, de tendre seulement le miroir de Mandela aux Africains et aux Sud-Africains. Nous devons aussi le tourner vers nous. L’exemple de Mandela, c’est pour tout le monde!», s’était-elle alors écriée. Un excellent «retourné», saisissant de pertinence, qui montre à l’envi que… «l’Occident n’a pas que des vertus à proposer à la face du monde» et qui souligne avec force qu’au-delà des paroles émues et de l’hommage «politiquement correct», chaque leader devrait afficher, à travers des actes quotidiens, sa «Mandela compatibilité».

Que dire d’autre lorsque Barack Obama, le président des Etats-Unis, reconnaît avec humilité que «Nelson Mandela était un grand homme. C’était le dernier grand libérateur du XXe siècle. Trop de dirigeants se disent solidaires du combat de Madiba pour la liberté mais ne tolèrent pas la même chose pour leur propre peuple»? En tout état de cause, il faut espérer très fortement que le «Mandela Day» ne célèbre pas simplement l’élégance du verbe et des proclamations de pure forme, mais démontre au contraire, d’année en année, l’élégance des actes pour un monde plus solidaire, plus humain, plus démocratique…