Aujourd'hui,

PARLONS-EN

Visiblement, ce n’est pas demain la veille que l’on verra se former un gouvernement parfaitement paritaire au Burkina Faso. Déjà, la représentativité des femmes dans les instances de décision est réduite à une portion congrue. Mieux, on ne compte que quelques femmes ministres dans les différents gouvernements qui se sont succédé au «pays des Hommes intègres».



Même si on a vu quelques femmes émerger ces derniers temps dans des exécutifs africains, notamment en prenant la tête de ministères régaliens ou traditionnellement dévolus aux hommes, il y a manifestement encore loin de la coupe aux lèvres. L’actuel gouvernement burkinabè ne compte que… sept femmes — dont deux ministres déléguées et deux secrétaires d’Etat — sur un total de 32 portefeuilles. Le Burkina a même failli avoir — enfin! — une représentante de la gente féminine au Premier ministère. Puis l’information a fait pschitt! A l’arrivée, les femmes représentent donc moins d’un tiers de l’équipe dirigée depuis le 13 janvier 2016 par Paul Kaba Thiéba. A noter que le réajustement gouvernemental intervenu le 20 février dernier n’a pas bouleversé cette donne.

En tout état de cause, les Burkinabè semblent s’accommoder à cette réalité et ne jugent pas important d’en faire davantage pour impulser une dynamique féminine au sein de l’exécutif. Du moins, très peu de Burkinabè estiment qu’une meilleure représentativité des femmes dans les centres de décision passe par la mise en place d’un gouvernement paritaire. C’est ce qu’il ressort du sondage initié par fasozine.com ces dernières semaines.

Sur les 125 personnes qui ont participé au vote jusqu’à ce 27 mars, seulement 35 d’entre elles, soit 28% de l’effectif, ont en effet jugé, selon la question posée par nos soins, «important de mettre en place au Burkina Faso un gouvernement paritaire Hommes-Femmes pour une meilleure représentativité des femmes dans les centres de décision». Si sept personnes (6% des votants) pensent qu’un tel gouvernement (paritaire) peut-être déterminant, une écrasante majorité des participants à notre sondage — 83 personnes, soit 66% des votants — n’y croient pas du tout.

Toutefois, les gouvernants doivent encore faire des efforts pour donner plus de place aux femmes dans les cercles décisionnels. Dans un article publié en 2011 sur la participation des femmes à la vie politique au Burkina de 1957 à 2009, la sociologue chercheuse Lydia Rouamba faisait fort justement observer que «l’analphabétisme, la loi sociale fondamentale de la préséance de l’homme sur la femme, le refus de l’époux, l’insuffisance d’un réseau social et de ressources financières, surtout pour les candidates des petits partis ou n’ayant pas une bonne assise dans le parti au pouvoir, constituent des contraintes majeures à l’accès des femmes en politique».

Par-delà ce postulat, les pouvoirs publics, dont les discours vantent à l’envi le rôle et la forte capacité de mobilisation des femmes doivent trouver les mécanismes devant favoriser une société de gouvernance qui valorise davantage la compétence et le mérite de «la moitié du ciel». Bien évidemment, la route est encore longue, les préjugés ont la peau dure et on restera sans doute encore longtemps dans une représentativité de forme, qui s’adosse plus, dans nos pays, sur la qualité des femmes plutôt que sur leur nombre dans un gouvernement.