Aujourd'hui,

Ph: Burkina24

PARLONS-EN

En rencontrant les structures syndicales hier, samedi 25 février, le Premier ministre Paul Kaba Thiéba s’est montré ferme face aux débrayages tous azimuts qui rythment la vie publique burkinabè. Mais son appel à conclure une trêve sociale sera-t-il entendu?

Depuis plusieurs mois déjà, le gouvernement et les organisations syndicales ne parlent pas le même langage. Et même si plusieurs rencontres ont été initiées pour arrondir les angles, il y a bien longtemps que les deux parties ne regardent plus dans la même direction, si tant est qu’elles ont jamais pu avoir la même appréciation des tenants et des aboutissants des conditions de vie et de travail des agents publics et privés ainsi que des voies et moyens de leur amélioration significative.

Ainsi, après une année 2016 riche en débrayages et mouvements syndicaux de toutes sortes, voilà que cette deuxième année du quinquennat de Roch Marc Christian Kaboré démarre, elle aussi, sur des revendications à la pelle. Tour à tour en effet, les agents du Centre hospitalier et universitaire Yalgado Ouédraogo, du ministère des     
Finances, des postes de péage, ainsi que les routiers… ont alterné menaces et sit-in pour exiger ceci et cela. Déjà l’année 2016 a vogué, ainsi que nous l’écrivions en novembre dernier, «au rythme de grèves perlées qui ont perturbé le quotidien des paisibles populations» (in Fasozine N°66, Novembre-Décembre 2016, Parlons-en, p.3).

En effet, «de la grève des magistrats — qui ont ouvert le bal de ces débrayages tous azimuts — au mouvement des agents de l’Office national des télécommunications, le gouvernement a notamment essuyé le mécontentement des gardes de sécurité pénitentiaires, des agents des impôts et des domaines, des travailleurs des boulangeries, des informaticiens de l’Administration publique, des contrôleurs et inspecteurs du travail, des travailleurs des médias publics… Et pour tous ces débrayages, un seul fil rouge: exiger de meilleures conditions de vie et de travail.» 

En ébullition depuis l’entrée en fonction du gouvernement «Thiéba I» en janvier 2016, l’apaisement du front social reste donc l’un des défis majeurs de l’équipe gouvernementale juste retouchée le 20 février dernier. 

Aussi, en tapant vigoureusement du poing sur la table samedi dernier, Paul Kaba Thiéba s’inscrit-il dans une démarche susceptible d’accorder à son gouvernement la bouffée d’air social indispensable à son action. Exaspéré, le Premier ministre y est allé sans velours pour poser ses inquiétudes sur la table, cherchant au passage à comprendre les réelles motivations de «ces agitations frénétiques et contagieuses qui menacent la paix sociale». En tout cas, pour le chef du gouvernement burkinabè, «tout se passe comme si, les yeux fermés, certains travailleurs n’ont plus la moindre affection pour le bien commun et pour l’équilibre de l’Etat. Tous les moyens sont bons pour obliger l’Etat à accroître les avantages, même secondaires».

En face, les responsables syndicaux, nullement démontés par les propos du Premier ministre, s’accordent un temps de réflexion pour consulter leurs bases, mais estiment que le gouvernement devrait avant toute chose balayer devant sa porte. Pour eux en effet, l’«introspection collective sur l’avenir du pays», souhaitée par le Premier ministre, devrait induire le respect des engagements pris.

On peut donc dire, à la suite de cette sortie de Paul Kaba Thiéba, qui met clairement l’option d’une trêve sociale sur la table du dialogue avec les partenaires, que les relations entre les deux parties prennent désormais une autre tournure. Les partenaires sociaux valideront-ils ce choix pour desserrer un tant soit peu l’étau qui étouffe l’action gouvernementale dans plusieurs secteurs? En attendant, l’eau est dans le gaz et il faudra certainement rebattre les cartes pour repartir d’un bon pied, en écartant l’épreuve de force d’un côté comme de l’autre…