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Le gouvernement Thiéba I, formé le 13 janvier 2016

EDITO

Depuis que le sablier a entamé son décompte de l’année 2017, et une fois passé le long week-end des fêtes du Nouvel an, les Burkinabè attendaient impatiemment que Roch Marc Christian Kaboré propose un nouveau casting de l’équipe gouvernementale. Il en avait fait lui-même l’annonce, on se rappelle, le 28 décembre 2016, lors d’un échange interactif qui lui a permis de répondre, via Twitter, aux préoccupations de ses compatriotes.

Objet de toutes les supputations depuis plusieurs semaines, le nouveau gouvernement du Burkina vient donc enfin d’être dévoilé dans la soirée du 20 février. Une équipe de 32 membres — contre 29 dans la précédente —, et qui enregistre cinq personnalités entrantes, tandis que Michel Filiga Sawadogo de l’Enseignement supérieur et Aminata Sana Congo du développement de l’Economie numérique, prennent congé. De même que… Roch Marc Christian Kaboré lui-même, qui se décharge, ainsi qu’il l’avait laissé entendre fin décembre 2016, du portefeuille de la Défense. «Je suis prêt à me décharger du ministère de la Défense», avait-il indiqué, précisant que «ce que nous recherchons, c’est la meilleure manière d’assurer la sécurité des Burkinabè à tout moment».

En réalité, le chef de l’Etat burkinabè est resté sobre dans la composition de ce deuxième gouvernement de son magistère, fidèle aussi sans doute à sa nature profonde ainsi qu’au potentiel de ces hommes et femmes qui conduisent, à ses côtés, les destinées du pays, après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, puis le putsch militaire de septembre 2015. Car en effet, alors que les chaumières burkinabè bruissaient fortement d’une possible fin de bail du locataire du Premier ministère, Roch Kaboré a préféré jouer la carte de la continuité et de la confiance. «Je renouvelle ma confiance au Premier ministre Paul Kaba Thiéba et adresse mes vœux de succès au nouveau gouvernement formé ce lundi», a-t-il notamment indiqué à ce sujet.

Pour l’heure donc, le remaniement que d’aucuns espéraient profond est plutôt soft avec un ciselage indispensable de certains départements, ciselage rendu nécessaire, entre autres, par la situation sécuritaire délicate du pays. On pointe là bien évidement l’ancien super ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité intérieure qui se métastase pour donner droit au ministère «plein» de la Sécurité promis précédemment par le chef de l’Etat. Simon Compaoré reste ainsi ministre d’Etat, en charge exclusivement de ce volet capital qu’est la sécurité des Burkinabè. Est-il besoin de le rappeler, la sécurité reste en effet le sujet de préoccupation majeure des Burkinabè en ce début de l’année 2017. Reste toutefois maintenant à voir si ce changement de cap entrainera une nette amélioration dans la gestion de ce secteur régalien de l’Etat qui capte tous les regards et toutes les attentions.

Par-delà cette lancinante question de la sécurité qui a cueilli à froid ce qu’il convient de nommer à présent «gouvernement Thieba I», et martyrisé les populations des villes et des campagnes, la nouvelle équipe gouvernementale — «Thiéba II» — qui fait sa rentrée dès ce mardi 21 février, a également surfé sur la musique des fauteuils ministériels. Alfa Oumar Dissa, délesté des mines et carrières s’occupera ainsi désormais que de l'énergie. Ensuite, Smaïla Ouédraogo quitte la Santé pour la Jeunesse, la Formation et l’Insertion professionnelles, en remplacement de Jean-Claude Bouda qui hérite du portefeuille de la Défense jusque-là détenu par… Roch Kaboré.

De quoi faire tout de même un peu de place à cinq nouveaux — Siméon Sawadogo, Fatimata Ouattara, Nicolas Méda, Alkassoum Maïga et Oumarou Idani — qui auront incontestablement à cœur de se mettre rapidement à niveau dans le concert gouvernemental. D’autant que ces «novices» devront montrer et démontrer tout leur doigté dans des secteurs sensibles comme, respectivement, l’Administration territoriale et la Décentralisation (reprises d’élections communales en vue!), l’Economie numérique et les Postes, la Santé (méningite dengue, dossier Cameg…), l’Enseignement supérieur, la Recherche scientifique et l’Innovation, et enfin les Mines et les Carrières.

Au total, plutôt que de donner un grand coup de pied dans la fourmilière ainsi que la classe politique et nombre de ses compatriotes l’espéraient, Roch Marc Christian Kaboré semble avoir opté, à travers ce premier remaniement gouvernemental, pour un réaménagement a minima, un léger lifting. Sans doute pour préserver la dynamique de groupe instaurée depuis un peu plus d’un an et remobiliser ses troupes pour les défis à venir. En tout état de cause, c’est dans l’action et à l’aune des succès qu’engrangera la nouvelle équipe face aux attentes pressantes et criantes des Burkinabè que l’on jugera de l’efficacité de ce nouvel attelage de l’exécutif du Faso.