Aujourd'hui,

EDITORIAL

Au Bénin, les nostalgiques n’ont pas oublié qu’il y a 27 ans le pays tout entier, alors en ébullition dans un chaudron de crises sociopolitiques larvées, s’était retrouvé sous un magnifique arbre à palabres pour fumer le calumet de la paix. Depuis, la conférence nationale des forces vivres reste, au «pays du vaudou», comme un «Œil de Caïn» qui questionne à chaque fois la conscience des Béninois dans leur processus démocratique.

Cette année encore, la tradition est respectée. Depuis hier, 19 février, date de l’ouverture, en 1990, de la conférence nationale du Bénin, qui fit ensuite tache d’huile sur le continent, les uns et les autres évoquent cette halte qui permit au pays de se relever d’un assez mauvais pas. Un rendez-vous toujours présent dans les mémoires et dont chacun commente et interprète les acquis selon sa propre grille de lecture.

Et s’il s’en trouve bien des gens pour attester, exemples à l’appui, que le «renouveau démocratique» béninois s’est quelque peu fourvoyé en chemin, les acteurs politiques et les populations semblent toutefois reconnaître que cet événement, historique à souhait, fonde encore l’exemple démocratique de ce pays de l’Afrique de l’Ouest. «Nous continuons d’héritier d’un pays paisible où la priorité a toujours été donnée au dialogue et à l'unité nationale, et ceci dans l’intérêt de la nation», s’est notamment félicité, à ce propos, le chef de l’Etat béninois, Patrice Talon.

C’est sous le signe de cette évocation forte que s’invite actuellement dans le débat sociopolitique béninois la question des réformes institutionnelles promises par le locataire de la Marina, qui a pris ses fonctions présidentielles le 6 avril 2016. Bientôt un an donc, et l’on s’active pour concrétiser certaines annonces qui ont meublé la campagne électorale et qui ne semblent pas encore avoir trouvé le nécessaire de voix favorables. Notamment le projet constitutionnel qui repose sur la mise en place, au Bénin, d’un mandat présidentiel unique, boudé par une bonne partie de la classe politique et des acteurs sociaux. Si fait que la consultation promise pour «avant la fin de l’année de l’année 2016» n’a toujours pas prospéré.

Qu’à cela ne tienne, Patrice Talon n’abandonne nullement son projet et compte bien constitutionnaliser la plus emblématique de ses propositions institutionnelles! En tout cas, affirme le directeur de la communication à la présidence de la République, Wilfried Léandre Houngbédji, «le projet est définitivement ficelé (…) et l’idée du mandat unique est maintenue». Intervenant ce dimanche sur une télévision privée de la capitale économique béninoise, le «Monsieur Communication» du palais a ainsi dissipé les doutes — si tant est qu’il y en avait — sur cette intention phare du candidat Talon. «Toutes les promesses phares annoncées par le candidat, confirmées par le Président Talon (…), ont été tenues», a-t-il tenu à préciser, reconnaissant toutefois qu’«à l’épreuve, on s’est rendu compte qu’il y avait des aménagements à faire».

Ce qui sous-entend bien que si le rendez-vous de 2016 n’a pu se tenir, c’est entre autres parce que le consensus n’a pu se réaliser autour de cette question. On pourrait donc se laisser à présent convaincre que des négociations ont enfin permis d’emporter un minimum de caution pour valider le texte. Toujours est-il que les Béninois, mais aussi les Africains, attendent de relire, entre les lignes, les changements convoqués par le nouveau texte constitutionnel du Bénin. Cette «affaire» de mandat unique n’emballe en effet pas dans certains palais du continent, où la «trouvaille» de la conférence nationale, et surtout sa réussite et le déferlement sociopolitique qu’il a entraîné, avaient déjà irrité bien de têtes couronnées.

«Je ferai de mon mandat unique une exigence morale en exerçant le pouvoir d’État avec dignité et simplicité. Je m’acquitterai de mes devoirs de président de la République avec humilité, abnégation et sacrifice pour le bien-être de tous», avait promis, la main sur le cœur, le président béninois lors de son investiture, le 6 avril 2016. A quelques encablures du premier bilan d’étape, les actes viendront-ils, mieux que les mots, témoigner pour ce richissime homme d’affaires, 59 ans, qui dit être… «porteur d’une vision à la fois ambitieuse et pragmatique» pour son pays?