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EDITO

Lorsqu’il a quitté Kinshasa le 24 janvier dernier pour Bruxelles, on se demandait bien si ce vieux routier de la politique africaine reviendrait cette fois-ci de cette énième séance de soins. D’autant qu’Etienne Tshisekedi, affaibli depuis bien longtemps par la maladie, avait dû passer près de deux ans de convalescence dans la capitale belge avant de rentrer triomphalement sur la terre de ses aïeux fin juillet dernier 2016. On comprend donc les folles rumeurs qui ont circulé au sujet de ce dernier voyage, désormais sans retour. Ainsi, le «Vieux» — ainsi que le surnomment affectueusement ses compagnons — a tiré sa révérence ce 1er février à Bruxelles, alors que son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qu’il chérit depuis 34 ans, est engagé dans d’importantes et délicates négociations politiques avec le pouvoir en place.

Avec le décès de l’opposant historique congolais, présent sur la scène politique de son pays depuis les premières heures de l’indépendance de la République démocratique du Congo — il fut ministre de l’intérieur de l’ex-Zaïre, dans le régime de Mobutu Sese Seko, dès 1965 —, c’est une page de l’Histoire politique africaine qui se tourne. Tant l’homme aura pesé de tout son poids, pendant des décennies, sur la vie sociopolitique de son pays. Très populaire et charismatique, Etienne Tshisekedi incarnait, hier encore, la résistance et l’espoir d’une alternance politique pacifique en République démocratique du Congo (RDC).

En acceptant au final le dialogue de la dernière chance pour gérer la crise institutionnelle congolaise, Etienne Tshisekedi soigne aussi au passage son image d’icône de la nouvelle alternative qui devait vraisemblablement dessiner la nouvelle RDC. En effet, de report en report, de dilatoire en dilatoire, les dernières élections, et notamment l’élection présidentielle, n’ont pu se tenir. Tant et si bien que Joseph Kabila, dont le deuxième et dernier mandat à la tête de ce pays-continent arrivait à expiration le 19 décembre 2016, est toujours solidement arrimé à son fauteuil. Tenant d’une ligne de fermeté qui revendiquait, avec la majorité des Congolais, le respect des dispositions constitutionnelles en la matière, celui qu’on appelait aussi «le sphinx de Limete» a su trouver les ressorts nécessaires pour valider le dialogue facilité par l’église catholique de son pays.

Il y a sans doute beaucoup à dire sur cet homme qui fut de toutes les époques et de tous les combats de son pays, sans jamais réussir à conquérir le pouvoir suprême pour lequel il s’est battu toute sa vie. Etienne Tshisekedi s’est éteint loin de sa terre natale, vaincu par une embolie pulmonaire, alors qu’on le voyait jouer encore un rôle déterminant dans la transition politique qui se met actuellement en place en RDC. L’homme aux plusieurs surnoms — «Le Tshi», «Le sphinx de Limete», du nom du quartier populaire de Kinshasa, la capitale congolaise,qui est aussi son fief, «le Vieux»… — venait de souffler, le 14 décembre dernier, sa 84e bougie. En entrant dans l’Histoire, il laisse à la postérité une longue aventure de lutte politique avec des résultats en dents de scie.
L’avenir dira si ses héritiers politiques sauront accomplir, enfin, les ambitions qu’il a nourries toute sa vie sans jamais pouvoir les concrétiser… C’est alors seulement que le «sphinx de Limete» renaîtra des cendres politiques de son dernier voyage sanitaire sans retour.