Aujourd'hui,

EDITORIAL

En cette fin du premier mois de l’année 2017, les regards des Africains sont tournés vers Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, où s’ouvre ce 30 janvier, la 28e Conférence au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Union africaine. Les dirigeants des 54 Etats du continent tiennent donc leur grand’messe, les 30 et 31 janvier, avec au menu des dossiers on ne peut plus chauds, qui engagent l’avenir de l’Afrique.

Et cela tombe plutôt bien, ce rendez-vous se tient au moment où Adama Barrow, l’élu des urnes gambiennes du 1er décembre, prend enfin ses fonctions suite à une crise postélectorale qui aurait pu faire à nouveau basculer le continent dans une tragédie sociopolitique innommable. C’est donc aussi un peu au rythme de la restauration de cette norme démocratique que se déroulent les travaux de ce sommet, ouvert le 22 janvier dernier avec pour thème général: «Tirer pleinement parti du dividende démographique en investissant dans la jeunesse».

Après la session ordinaire du comité des représentants permanents (du 22 au 24 janvier), puis la session du conseil exécutif en présence des ministres des Affaires étrangères des pays membres (du 25 au 27 janvier), voici donc le clou de ce rendez-vous continental, qui affiche un agenda plutôt alléchant. En effet, si les chefs d’Etat et de gouvernement devraient se pencher sur les recommandations du groupe de réflexion de haut niveau, dirigé par le président Paul Kagame du Rwanda, qui travaille, depuis six mois, sur la modernisation de l’Union africaine et de ses instances décisionnaires, l’élection attendue du nouveau président de la Commission de l’Union constituera sans doute l’un des temps les plus forts de ce 28e sommet.

Ajourné en juillet dernier à Kigali, faute de candidature crédible, le choix du successeur de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma mobilise les énergies et stratégies politiques ainsi que les offensives diplomatiques depuis de longs mois. Un choix crucial pour une organisation continentale à la recherche d’un nouveau souffle dans une société plus que jamais en quête d’un développement réel et de plus en plus exigeante pour le respect des valeurs et normes démocratiques. Il s’agira donc clairement, pour le nouveau chef de l’exécutif panafricain, au-delà de compétences intrinsèques avérées ou non, de faire montre d’un charisme à toute épreuve, afin d’impulser, avec son équipe, les dynamiques nouvelles face aux défis de l’heure.

Les cinq candidats en lice pour le poste — l’Equato-Guinéen Agapito Mba Mokuy, la Botswanaise Pelonomi Venson-Moitoi, le Sénégalais Abdoulaye Bathily, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, le Tchadien Moussa Faki Mahamat et la Kényane Amina Mohamed Jibril, dont on dit qu’elle fait office de favorite — sont donc avertis. Rien ne leur sera donné! Qui plus est, ils devront susciter un rapport de force favorable pour l’emporter. «C’est moins la qualité de la personne que les rapports de force entre les régions qui va départager les candidats», a ainsi notamment précisé Essy Amara, ancien président de la Commission. Preuve si besoin en était qu’au-delà des curricula et de la crédibilité des postulants, le poids politique de leur pays et de leur région sera prépondérant dans le jeu d’alliances et de mésalliances qui désigneront au final celui ou celle qui occupera le fauteuil.

Autre temps fort de ce sommet, les paris sur cette importante élection s’ouvrent au moment où le Maroc devrait réintégrer la grande famille africaine, après une longue parenthèse de trente-trois années. Le souverain chérifien a même fait le déplacement de la capitale éthiopienne pour mettre tout son poids dans la balance de la réintégration de son pays, qui avait claqué la porte de l’organisation continentale en 1984 suite, on s’en souvient, à l’adhésion de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), que Rabat considère comme faisant partie intégrante de son territoire. Si ce retour de l’influent membre fondateur de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, ancêtre de l’Union africaine) qu’est le Maroc, formulé en juillet 2016, est sur la table, il n’en est cependant pas moins vrai qu’elle divise la communauté africaine.

Le plaidoyer de Mohammed VI est pourtant des plus pertinents. «Africain est le Maroc, africain il demeurera (…) C’est ce qui milite pour que le Maroc ne demeure pas en dehors de sa famille institutionnelle et puisse ainsi retrouver sa place naturelle et légitime au sein de l’UA. Agissant de l’intérieur, il contribuera à en faire une organisation plus forte, fière de sa crédibilité et soulagée des oripeaux d’une période dépassée», avait notamment écrit le roi du Maroc dans un long message adressé aux chefs d’Etat et de gouvernement de l’institution panafricaine en juillet 2016. Ceux-là même qui devront statuer aujourd’hui sur cette réintégration de l’enfant prodigue, jugée «naturelle» par une bonne majorité de pays.

Réformes institutionnelles, nouveau président pour la Commission, réintégration du Maroc… l’Union africaine amorce incontestablement, ce lundi, de grandes manœuvres pour un nouveau départ.