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EDITO

Ça y est, l’Amérique tourne tout doucement la page Obama. Premier président de couleur de la première puissance mondiale, Barack Obama, qui vient de boucler ses deux mandats réglementaires à la tête de l’Exécutif américain, fait en effet ses adieux à la Maison-Blanche après huit années d’une présidence jugée globalement satisfaisante, voire exemplaire.

Avec Michèle, son épouse, ainsi que leurs deux filles — Sasha et Malia —, la famille présidentielle sortante a donné au monde une belle image d’unité, de solidarité et d’humilité qui feront sans doute date. Aucun «Obamagate» — même si le nouvel entrant diabolise à tout-va l’«Obamacare» qui a pourtant apporté une solution concrète à la prise en charge sanitaire de millions d’Américains! —, aucun scandale sordide, aucune affaire abracadabrantesque… Au point d’ailleurs qu’à l’heure de ses adieux avec la Maison-Blanche, Barack Obama est auréolé, selon le Washington Post, et quoi que puisse en penser certains détracteurs et esprits chagrins, du quatrième plus haut taux d’approbation pour un président sortant depuis la seconde guerre mondiale!

On attendra sans doute la fin de son mandat — dans quatre ou huit ans! — pour savoir si Donald Trump aura fait mieux que son illustre — oui, illustre! — prédécesseur. Pour l’heure cependant, le 45e président des Etats-Unis prend possession de ses nouveaux quartiers avec une cruelle impopularité. Curieux tout de même pour celui qui a été porté contre attente au pouvoir en surfant allègrement sur les vagues d’un populisme de mauvais aloi. En l’occurrence, et on s’en rend bien compte, populisme ne veut forcément pas dire popularité.

Si le populisme pointe, selon le Petit Larousse, une «attitude politique consistant à se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes, de sa défense contre les divers torts qui lui sont faits», il faut incontestablement beaucoup de charisme et un supplément d’âme à ceux qui en usent pour «se faire aimer du plus grand nombre», et donc asseoir une quelconque popularité. Le fait est que le très populiste Donald Trump, dont le discours et même certains actes continuent de choquer une bonne partie de l’opinion américaine et mondiale, est simplement… «plus impopulaire que tous ses prédécesseurs immédiats à leur entrée en fonction»!

Mais en dépit des centaines de milliers de voix d’avance de la candidate démocrate, Hillary Clinton, vainqueur stérile du vote populaire, le candidat républicain a fait le break avec les grands électeurs, seuls détenteurs de la clé de la Maison-Blanche dans le système électoral américain de plus en plus décrié. Voici donc venue l’heure pour Donald Trump, élu surprise du 8 novembre dernier, de prêter serment et d’entrer dans ses nouvelles fonctions de chef de l’Exécutif américain. Avec, comme concert d’accompagnement, une imposante et protestataire «Marche des femmes». Même si on estime que cette marche pourrait être «particulièrement suivie», elle résonnera aussi sur le macadam de Washington comme un coup d’épée dans l’eau.

En tout état de cause, au-delà de la cérémonie de ce vendredi 20 janvier, qui annonce un week-end perlé de manifestations hostiles à cette investiture, le monde attend de voir, dès le lundi 23 janvier où il s’installera effectivement, de son propre aveu, dans le bureau ovale, les premiers pas de celui qui est aussi, à 70 ans, «le plus âgé des présidents de l’histoire des Etats-Unis en début de mandat». Déjà engagé dans un «détricotage» en règle de certains acquis de son prédécesseur, Donald Trump ne loupe depuis aucune occasion pour régler ses comptes via Twitter, alors même que le monde s’inquiète de la posture de certaines figures de son casting exécutif.

Il en va ainsi notamment de l’«Obamacare». Votée par le 111e Congrès des États-Unis et promulguée par le président Barack Obama le 30 mars 2010, le Patient Protection and Affordable Care Act (en français, loi sur la protection des patients et les soins abordables), surnommée «Obamacare», reste une loi emblématique de la présidence du premier noir à assumer les fonctions suprêmes aux Etats-Unis. Seulement voilà! Donald Trump n’est pas encore en fonction qu’il envoie cette structure d’assurance santé à l’échafaud, annonçant, avec les républicains majoritaires au congrès, son abrogation. La qualifiant de «dérive coûteuse et socialisante, à l’européenne», les républicains prônent le remplacement de cette mesure, qui a «permis de couvrir une vingtaine de millions d’Américains qui vivaient sans assurance auparavant, faisant chuter leur proportion de 16% en 2010 à 8,9% en 2016» par on ne sait encore quoi, promettant toutefois de ne «désassurer personne». Ambiance…

Entre manifestations actives, bouderies ouvertes et boycotts affirmés, le 45e président des Etats-Unis, populiste autoproclamé et véritable ovni dans la galaxie politique mondiale entre bientôt en scène dans un répulsif grincement de dents. Ainsi qu’en atteste son programme, ses discours et ses sorties enflammés, sa présidence affectera incontestablement, et peut-être considérablement, la donne politique mondiale et les fragiles équilibres géopolitiques du moment. Il appartiendra à chaque citoyen de recadrer, par des maux et des actes, et toutes les fois que de besoin, ce président impétueux et imprévisible.