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EDITO

Après trente-huit ans de règne sans partage sur les destinées de l’Angola, José Eduardo dos Santos passe la main et se retire de la présidence de ce pays pétrolier de l’Afrique australe. Les élections générales de ce 23 août devraient toutefois perpétuer la mainmise du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola sur la gestion des affaires du pays.

On peut regarder le revers de la médaille et se désoler du fait que, malgré son départ de la présidence de la République, José Eduardo dos Santos, 74 ans, au pouvoir depuis le 10 septembre 1979, continuera d’exercer son influence sur le pays à travers la direction du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA). Ou alors considérer que ce départ constitue tout de même un beau geste dans cette Afrique où les «dinosaures politiques» — qui bombent leurs poitrines de fierté parce qu’ils totalisent déjà plus d’un quart de siècle de règne à la tête de leurs pays —, ne comptent se séparer du pouvoir qu’une fois dans leurs tombes! Quelles que soient en effet les raisons qui ont amené Eduardo dos Santos à ne pas rempiler pour un énième mandat à la tête de l’Angola — et même si l’on peut estimer que cette décision aurait pu intervenir plus tôt —, l’histoire retiendra qu’il a su adopter, au final, la posture élégante de quitter les choses avant que celles-ci ne le quittent…

Les Angolais se rendent donc aux urnes ce 23 août pour décider de l’avenir de leur pays, en tournant la page dos Santos. Des élections générales dont on subodore qu’elles perpétueront le règne du MPLA, aux affaires depuis l’indépendance, en 1975, de cette ancienne colonie portugaise qui abrite, cette année, 28 359 634 âmes sur une superficie de 1 246 700 km². Sauf un énorme séisme électoral, estiment les observateurs, le dauphin désigné du président sortant, l’ancien ministre de la Défense Joao Lourenço, devrait logiquement hériter du fauteuil présidentiel. Didier Péclard, chercheur à l’université de Genève, indique ainsi qu’«une défaite (du MPLA, Ndlr) serait un tsunami». Pour lui, «le seul véritable enjeu, c’est de savoir avec quelle marge il va gagner».

Séisme ou tsunami, on ne peut cependant pas occulter les rêves de changement que placent les Angolais dans ces troisièmes élections générales qui se tiennent depuis la fin de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1975-2002. Jugées historiques en raison du départ de José Eduardo dos Santos, le scrutin comblera-t-il les attentes du MPLA ou plutôt celles des populations? En effet, le ticket proposé par le président sortant porte bien évidemment la marque de la continuité là où une bonne majorité d’Angolais aspirent à la rupture. Le candidat du MPLA promet certes de «lutter contre la corruption», de «créer des emplois» et de «rendre l’Angola meilleur», mais il a du mal à se départir de son statut d’«homme du sérail», dont l’élection ne saurait générer les bouleversements majeurs escomptés.

Seulement, voilà! L’offre politique en face saura-t-elle ravir l’électorat au point de produire le tsunami électoral, ou tout au moins ébranler le MPLA dans ses fondements et racines? Les frémissements du changement sont pourtant là, ventilés à l’envi par un bilan largement en deçà des attentes. Et l’opposition — portée notamment par l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) de feu Jonas Savimbi, le rebelle abattu en 2002, et la Convergence pour le salut de l’Angola-Coalition électorale (Casa-CE) — n’est pas passée par quatre chemins pour s’engouffrer dans cette brèche. «Le changement, c’est maintenant!», scande ainsi le candidat de l’Unita, Isaias Samakuva, s’adressant plus précisément à… «vous qui souffrez, vous qui êtes dans la pauvreté, sans électricité, sans emploi, sans rien à manger…».  

Le fait est que la manne pétrolière n’a pas empêché la dégradation économique de l’Angola — deuxième producteur de brut en Afrique —, qui reste aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres de la planète. D’autant que la chute des cours de l’or noir a entraîné le pays, depuis 2014, «au bord de l’asphyxie financière et fait s'envoler le chômage». Surfant sur les vagues houleuses de ce tableau pas du tout reluisant, le candidat de la Casa-CE, Abel Chivukuvuku, met sans vergogne le doigt sur plaie: «Quarante-deux ans de souffrances, 42 ans de frustrations, 42 ans de mauvaise gouvernance, 42 ans de corruption (…), nous ne pouvons pas continuer de vivre dans un pays riche peuplé de citoyens pauvres!» Le décor est donc ainsi planté pour un scrutin dont on espère, à tout le moins, qu’il débouchera sur un rééquilibrage des forces politiques en présence afin de dessiner, à plus ou moins brève échéance, le visage de l’Angola nouveau que les populations appellent de leurs vœux. 

En attendant, l’ancien rebelle marxiste qui a succédé à Agostinho Neto, le fondateur du MPLA, en 1979, réussit au moins une action brave en s’éclipsant du pouvoir, contraint il est vrai par son fragile état de santé. Cela ne suffira certainement pas pour masquer les carences de son régime de fer et la dégradation de l’économie angolaise, mais l’on peut saluer la sage décision de son retrait dans un pays où «le peuple n’a plus peur du pouvoir». Reste à souhaiter vivement que le scrutin se déroule dans la paix, la sérénité et la transparence au moment où sonnent déjà des trompettes dénonçant certaines irrégularités…