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EDITO

C’est le cas de le dire, l’opposition togolaise rêve d’une insurrection à la burkinabè pour mettre enfin un terme au statu quo politique et institutionnel que semble vouloir faire perdurer le pouvoir en place. La manifestation initiée par le Parti national panafricain pour réclamer à nouveau, samedi dernier, le retour à la Constitution de 1992 a viré à l’épreuve de sang…

A l’appel du Parti national panafricain (PNP), des milliers de Togolais sont massivement sortis samedi dernier pour crier leur ras-le-bol. Mais cette démonstration de force a donné lieu, dans plusieurs villes du pays, à des affrontements sanglants entre manifestants et forces de l’ordre. A l’arrivée, on dénombre ce dimanche au moins deux morts et plusieurs dizaines de blessés. «Il y a eu 57 blessés du côté des forces de sécurité et 20 du côté des manifestants, plus deux morts», a notamment indiqué Payadowa Boukpessi, ministre togolais de l’Administration territoriale. C’est à Sokodé, dans le centre du pays (300 kilomètres au nord de Lomé), épicentre de la manifestation, que deux manifestants ont été tués, soulignant aussi la brutalité de la répression dans ce bastion PNP.

A l’origine de ces échauffourées, la dissonance entre les autorités, qui avaient interdit cette sortie pour désaccord sur l’itinéraire, et les organisateurs de la manifestation qui, eux, tenaient sans doute à montrer qu’ils n’avaient plus peur. En tout état de cause et quelle que soit l’issue de ce week-end de terreur, l’initiative du Parti national panafricain fait d’ores et déjà date dans le long bras de fer qui pollue, depuis des années, les relations entre le pouvoir togolais et ses opposants. Inconnu au bataillon il y a seulement un an, ce parti, qui s’est récemment signalé dans le microcosme politique de ce petit pays de 56 785 km² coincé entre le Bénin à l’Est et le Ghana à l’Ouest, réussit ainsi, en peu de temps, le pari de mobiliser des foules autour d’une vieille cause commune à l’opposition.

En effet, et au-delà des considérations de forme et des interprétations diverses sur les réelles intentions des uns et des autres, le cœur du sujet ici c’est bien les réformes politiques et institutionnelles dont la mise en œuvre piétine depuis plus d’une décennie. De ruses patentes en dilatoires opérationnels sur la piste du «un pas en avant et deux pas en arrière», le pouvoir togolais a fini par renvoyer aux citoyens le message clair d’un «Touche pas à ma perpétuation sur le fauteuil présidentiel», qui passe de plus en plus mal. En s’avançant sur la scène politique avec un langage nouveau, qui met ses militants en particulier, et les populations en général, au cœur de leurs responsabilités historiques, Tikpi Salifou Atchadam, le président du PNP, apporte une tonalité nouvelle dans cette lutte. Et ça marche, puisque son parti draine des foules!

De quoi déranger la mécanique du parti au pouvoir qui semble compter ad vitam aeternam sur la traditionnelle passivité des Togolais, fatigués par les années de braise des répressions postélectorales notamment, qui ont déjà fait des centaines morts. En tout cas, pour Tikpi Salifou Atchadam, qui dénonce vertement la «monarchisation, une Constitution toute cousue, taillée sur mesure pour Faure Gnassingbé», il faut arrêter avec les «inachevés». En effet, argumente-t-il, «la réconciliation nationale au Togo a commencé depuis 1963. Elle n’est pas achevée! La première version de la décentralisation date de 1998. On n’est pas encore en décentralisation effective. Il y a trop d’inachevés! Cela fait 11 ans que l’accord global de 2006, pourtant signé, n’est pas mis en œuvre»…

La capacité de mobilisation du PNP, taxé de… «mouvement politico-religieux d’inspiration islamiste représentant une sérieuse menace aux intérêts israéliens en Afrique de l’Ouest», serait-elle la clé pour «normaliser» la vie institutionnelle du pays depuis la signature, en 2006, de l’Accord politique global sous l’égide de l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré? On a tendance à le croire, au regard de la grande mobilisation de la «marche pacifique publique» du samedi 19 août 2017 — énergiquement réprimée au final — pour «exiger le retour à la Constitution consensuelle du 14 octobre 1992 et l’effectivité du droit de vote de la diaspora».   

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’action du Parti national panafricain vient vivifier, pour les amplifier, les nombreux appels à la mise en œuvre des réformes et à la concrétisation du chantier de l’alternance politique au Togo. On se rappelle en effet que le Togo politique s’était réveillé d’une longue hibernation au lendemain de la célébration, le 27 avril dernier, du 57e anniversaire de l’accession du pays à l’indépendance. Avec notamment des sorties régulières des partis ou regroupements de partis politiques de l’opposition pour expliquer aux populations, aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger, «les enjeux de l’heure, surtout la nécessité pour le Togo de connaître une vraie démocratie par l’alternance».

Il n’y a pas jusqu’à la conférence épiscopale qui n’avait pas apporté son grain de sucre dans ce débat récurrent en indiquant clairement, en guise de rappel, que «le principe de l’alternance politique, avant d’être une valeur démocratique, est surtout une exigence de droit naturel». Précisément, avait poursuivi le clergé togolais, «parce que les gouvernants sont à notre service, il est légitime de les remplacer quand nous estimons qu’ils ne remplissent plus leur mission ou qu’ils ont atteint une limite qui ne leur permet ou ne leur permettrait plus de bien remplir cette mission». Là aussi sans doute, l’intention reste inachevée…

Attention, à force de tirer ainsi sur la corde, le pouvoir togolais risque bien de la casser. Chiche, le PNP monte à son tour dans l’arène pour mettre un terme aux «inachevés» du clan Gnassingbé!