Aujourd'hui,

EDITORIAL

Les jours passent et se ressemblent en RD Congo. Alors que le dialogue semble définitivement rompu autour de la sépulture de l’opposant historique, Etienne Tshisekedi — décédé le 1er février dernier à Bruxelles et toujours pas inhumé —, l’opposition congolaise affiche sa détermination à… «obtenir le départ» du président Joseph Kabila.


Dans le calendrier stratégique qu’elle a dévoilé samedi dernier, à l’issue d’un conclave du «Rassemblement», l’opposition annonce des mois chauds pour la République démocratique du Congo: journées villes mortes les 8 et 9 août, meetings le 20 août et, surtout, appel à la désobéissance civile à compter du 1er octobre. Une manière sans doute de secouer le cocotier congolais et de mettre la pression sur le pouvoir en place à Kinshasa et, singulièrement sur le chef de l’Etat, dont le deuxième et dernier mandat est arrivé à son terme depuis le 20 décembre 2016, aux termes de la Constitution en vigueur dans le pays. 

C’est justement pour sortir de cette ornière que de conciliations infructueuses en rendez-vous manqués, un accord fut trouvé à la Saint-Sylvestre 2016 pour projeter l’avenir sociopolitique du pays. Conclu le 31 décembre dernier sous l’égide de l’Eglise catholique, l’accord devait permettre l’organisation des élections générales au plus tard le 31 décembre 2017. On croyait alors que la RD Congo avait enfin accompli un grand pas dans la direction de la normalisation institutionnelle du pays, soumis aux aléas d’un climat sociopolitique plutôt délétère et hautement volatile. D’aucuns pensaient en effet que le chemin était donc tout tracé pour une sortie de crise paisible, même si pour certains indécrottables «Saint Thomas», le sentiment restait mitigé, dominé par une bonne dose de suspicion.    

Seulement voilà! Entretemps, le chef historique de l’opposition — qui a pris une part contributive importante dans la conclusion de cet accord —, décède le 1er février à Bruxelles, alors qu’il s’est rendu dans la capitale belge pour raison de santé. Dans la foulée de cette disparition qui tombe mal, et par-delà de la dépouille d’Etienne Tshisekedi, prise en otage par des bisbilles politiciennes, la mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre, est piteusement soumis à une nouvelle grille de lecture. L’on s’écarte ainsi allègrement de l’esprit et de la lettre du document devant fonder la conciliation sociopolitique et refonder la réconciliation nationale. Organiser des élections d’ici la fin de cette année? «Je n’ai rien promis du tout! Je souhaite organiser des élections aussi vite que possible», a rétorqué Joseph Kabila en juin dernier, dans une interview — l’une de ses rarissimes sorties médiatiques — qu’il a accordée à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Cette sortie est de fait venue enfoncer le clou, une sorte de clic et de déclic final dans le bal des faux-fuyants qui se joue depuis le début de l’année sur les bords du majestueux fleuve Congo. On se rappelle en effet que les divisions entre les deux camps, qui n’ont décidément pas la même lecture de l’accord de la Saint-Sylvestre, s’étaient déjà fortement cristallisées lors de la nomination par le président Kabila, le 7 avril dernier, du juriste Bruno Tshibala au poste de Premier ministre. Pour l’opposition, ce choix consacre «un scénario de mauvais goût qui ternit à la fois l’image (du président) Joseph Kabila et de la RDC».

Bien plus, il s’agit d’«une récompense à la trahison, une distraction», avait condamné Augustin Kabuya, porte-parole de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, principal parti d’opposition, fondé en 1982 par Etienne Tshisekeki). Ancien Porte-parole du «Rassemblement» constitué autour d’Étienne Tshisekedi, Bruno Tshibala avait en effet été exclu de ce regroupement fin février 2017 pour avoir «contesté la légitimité du fils Félix Tshisekedi à la tête de cette coalition après la mort de son père».

Décidée à mettre un terme au règne de Joseph Kabila face aux comportements jugés dilatoires du pouvoir en place, et conformément aux prescriptions de l’accord du 31 décembre 2016, l’opposition monte donc au créneau pour en appeler, de fait, à l’arbitrage de la rue. Après deux journées villes mortes les 8 et 9 août dans l’ensemble de la République démocratique du Congo «en guise d’avertissement», l’agenda de l’opposition annonce, pour le 20 août, «des rassemblements dans les chefs-lieux des 25 provinces et quatre, de manière simultanée, dans la capitale, Kinshasa», qui compte environ dix millions d’habitants. Date cruciale du planning de l’opposition pour «obtenir le départ» du président Joseph Kabila, le 1er octobre, où ce dernier ne «sera plus reconnu comme président de la République», s’il n’a pas convoqué le corps électoral au 30 septembre 2017.

Clairement, c’est un nouveau bras de fer sociopolitique et sécuritaire qui s’engage dans l’interminable crise qui se joue en RD Congo, sur fond de rapport de force stratégique et psychologique. Là-dessus, les policiers et militaires iront-ils dans le sens de l’invite que leur a faite Félix Tshisekedi de «ne plus respecter des ordres mal donnés notamment pour tuer des Congolais»? Août est déjà là, qui nous édifiera sur ce point, qui peut en effet produire un véritable basculement — ou tout au moins un léger fléchissement — du rapport de la force militaire, entre les mains du pouvoir.

En attendant, on ne sait toujours pas quand seront enfin organisées les obsèques d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba — autre pomme de discorde entre le pouvoir et l’opposition —, pour lesquelles «une contribution financière volontaire de chaque Congolais de l’intérieur et de l’extérieur, d’ici au 31 août 2017» vient d’être actée par la plateforme de l’opposition à l’issue de son conclave du 22 juillet.