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EDITORIAL

La question du dividende démographique n’est-elle pas devenue l’une des équations les plus essentielles à résoudre par les dirigeants africains? En tout cas, et même si la récente sortie du président français, Emmanuel Macron — sur la forte natalité des femmes africaines —, continue d’alimenter la polémique, il est utile de regarder de près, pour mieux les gérer désormais, les contours de cette équation cruciale et existentielle.

C’est dans l’air du temps! Depuis plusieurs années déjà, des fora invitent ci et là à se pencher sur la question du dividende démographique en Afrique. La quatrième édition du Rebranding Africa Forum, qui se tiendra le 6 octobre prochain à Bruxelles, a ainsi décidé d’axer ses réflexions autour du thème «Enjeux et défis des systèmes financiers africains face au dividende démographique». Le choix de ce thème, annoncé depuis octobre 2016, à la clôture de la précédente édition de ce forum qui, depuis trois ans déjà, travaille à promouvoir une autre image du continent, témoigne de la pertinence du sujet et de la nécessité à s’accorder sur son contenu et sur les politiques qui devraient en découler pour un réel décollage économique du continent.

Car, et il ne faut pas s’y méprendre, la question est éminemment économique. Le dividende démographique indique en effet «les avantages que les économies seraient susceptibles de tirer d’une phase particulière de la transition démographique durant laquelle l’évolution numérique des différentes classes d’âge conduit à maximiser la proportion d’actifs, source de richesses, et à minimiser corrélativement celle des inactifs source de dépenses». Il s’agit donc, en dernière analyse, de… maîtriser la démographie, donc la natalité, afin d’impulser une dynamique de croissance.

Tel est du reste l’objet de la réunion de haut niveau qui se tient actuellement à Ouagadougou, la capitale du Burkina. Pendant trois jours — jusqu’au 22 juillet —, près de 300 parlementaires et techniciens des quinze pays de la Communauté économique des Etats l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), ainsi que de la Mauritanie et du Tchad, participent à cette rencontre qui vise, selon le président de l’Assemblée nationale du Burkina, Salifou Diallo, à «réfléchir sur le dividende démographique, à voir comment nos Etats peuvent trouver une opportunité de croissance économique et sociale à travers une maîtrise de la démographie».

Cette réunion fait suite à l’atelier organisé, le 14 avril 2016 à Ouagadougou, par le ministère burkinabè de la Santé, avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap) et la Banque mondiale, autour du projet «Autonomisation des femmes et dividende démographique». Un plaidoyer qui en vaut un autre, et qui montre bien que la question de fond, celle de la maîtrise de la natalité sur notre continent, mérite, au-delà des réflexions, des discours et des recommandations, la mise en place de politiques rigoureuses, mais surtout des actions hardies.

Les chiffres sont en effet assez éloquents, qui indiquent qu’à l’horizon 2050 — foi du Fnuap —, «la population de l’espace communautaire de la Cedeao atteindra un milliard d’habitants, avec une population jeune d’environ 50%». En fait, selon Mabingué Ngom, directeur régional du Fnuap pour les 23 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, «la population totale de l’Afrique, qui s’élevait à 1 milliard de personnes en 2010, va passer à 1,6 milliard en 2030 et 3 milliards en 2065, composée à 30% de 15-24 ans». D’ailleurs, d’ici 2050, «un quart de la population mondiale vivra sur notre continent, la population âgée de 65 ans et plus va doubler, passant de 3,4% à 7,7% du total, tandis que l’espérance de vie passera de 58 ans en 2010 à 72 ans en 2065»!

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un changement majeur, qui bouleversera profondément nos sociétés. On peut donc valider la conviction du chef du parlement burkinabè qui prévient que «si rien n’est fait, nous allons lentement et sûrement vers une catastrophe», car «la démographie galopante pèsera sur les ressources naturelles, aggravera les problèmes de santé, d’éducation et sera porteur à terme de conflits futurs à connotations économiques et sociales». Finalement, on n’est pas si loin du… coup de semonce du chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, qui a froissé à tout-va sur le continent lorsqu’il a affirmé, le 8 juillet dernier, que «la transition démographique est aujourd’hui l’un des défis essentiels de l’Afrique».

On est même tout entier dans la problématique d’une gestion plus responsable et maîtrisée de l’explosion démographique sur le continent qui a fait dire à l’actuel locataire du palais de l’Elysée que… «quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien»! Si ces propos crus et sans aucune circonvolution diplomatique ont été reçus sur le continent comme une véritable insulte, les Africains sont tout de même tous interpellés sur cette criante réalité que martèle encore si justement le Burkinabè Salifou Diallo: «Si des politiques ne sont pas menées au niveau de chaque Etat et dans l’espace communautaire pour maîtriser la fécondité qui est de l’ordre de six enfants par femme, la croissance économique de nos Etats (entre 5 et 8%) ne sera pas à même d’endiguer les problèmes sociaux récurrents que sont la santé, l’éducation, le chômage des jeunes.»

Certes, tempère le président du Parlement burkinabè, il ne s’agit pas de… «remettre en cause le principe de la croissance démographique lui-même», mais la réunion de haut niveau qui se tient actuellement à Ouagadougou devrait déboucher, apprend-on, sur une «plateforme qui définira les différentes lois, tant au niveau national que communautaire, pour une maîtrise de la fécondité dans l’espace Cédéao». Euh… On attend de voir comment on peut légiférer sur une baisse implicite — et sans doute explicite — des taux de natalité actuels en Afrique sans ressentir à chaque fois la gifle macronienne et la révolte qu’elle continue de susciter partout sur le continent.