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EDITO

Au pays de la Téranga, le temps est à la campagne pour les élections législatives qui désigneront, au soir du 30 juillet prochain, les 165 députés qui composeront la future Assemblée nationale. Au-delà des meetings, réunions publiques et autres déclarations télévisées, ce scrutin cache mal des duels serrés et des enjeux politiques majeurs.

Principale attraction de ce rendez-vous électoral dont la campagne est lancée depuis le dimanche 9 juillet, l’arrivée annoncée, puis confirmée ce lundi 10 juillet, de l’ancien président Abdoulaye Wade, 91 ans, tête de liste nationale de la coalition Wattù Senegaal, l’un des rassemblements de l’opposition. Passant désormais pour la «star américaine» de ce scrutin, le retour du nonagénaire dans l’arène politique sénégalaise, chaleureusement accueilli par ses fans, reste très suivi et abondamment commenté par les observateurs.

Le chantre du «sopi» (changement) — qui a dirigé son pays de 2000 à 2012 avant d’être éconduit dans les urnes par le peuple sénégalais lors de la présidentielle 2012 remportée par Macky Sall —, en a en effet gros sur le cœur et souhaite secrètement faire échouer l’actuel locataire du palais de la République, sis avenue Léopold Sédar Senghor (anciennement avenue Roume) à Dakar, ainsi que son camp politique.

Aussi s’est-il positionné en grand sage, reprenant les rênes du Parti démocratique sénégalais (PDS) qu’il a créé en 1974, pour «tenter de mettre fin aux défections et aux luttes fratricides» qui le rongent. Mais en réalité, plus loin que ces législatives, se prépare déjà, aussi bien pour celui qu’on appelle affectueusement «Gorgui» (le vieux, en wolof) que pour les autres, l’élection présidentielle de 2019, un scrutin aux enjeux multiples. Pour Wade, il s’agirait de baliser dès lors le chemin à son fils, Karim, exilé au Qatar à la suite de sa condamnation pour enrichissement illicite.

La perspective de la prochaine présidentielle donne ainsi tout son piquant à ces élections législatives pour lesquelles 47 listes nationales — un record! — sont en compétition dans une campagne de 21 jours qui promet, foi des observateurs, d’être on ne peut plus serrée. «Virulente. Voire violente», renchérit-on à souhait sur les bords du fleuve Sénégal. En effet, si certaines figures comme Ousmane Sonko (Ndawu eskan wi), Abdoul Mbaye (Joyyanti Senegaal), Me Aïssata Tall Sall (Osez l’avenir), Aïda Mbodji (And saxal liguey), Mamadou Sy Tounkara (Defar Senegaal) comptent bien marquer cet indicible moment démocratique, tout l’intérêt de ces élections est plutôt porté sur les duels que se livrent déjà les poids lourds de la compétition.

Duel d’abord au sein de l’opposition, qui n’a pas réussi à serrer ses rangs et qui s’en va à la conquête des électeurs avec deux grandes coalitions qui se mangeront certainement l’une l’autre: Wattù Senegaal, portée par Abdoulaye Wade, et Mànkoo taxawu Senegaal, dirigée par le maire de Dakar, Khalifa Sall, qui, sauf dérogation de dernière minute, battra campagne en prison. A qui profitera la guerre de leadership qui se joue entre ces deux fractions de l’opposition qui auraient pu — qui auraient dû — faire cause commune pour constituer une force redoutable dans cette conquête électorale?

Duel ensuite entre chacun de ces regroupements et… Benno bokk yaakaar, la coalition au pouvoir dirigée par le Premier ministre, Mahammad Dionne. L’objectif clairement affichée par les ouailles de Macky Sall est donc de faire mentir les doutes et de faire taire le pessimisme qui peut parfois gagner ses troupes en surclassant tous les «poids lourds» de l’opposition, regroupés ou non, qui ont juré de l’envoyer dans les cordes. L’objectif pour les partisans du chef de l’Etat, c’est d’obtenir une majorité indiscutable dans la future Assemblée nationale afin de préparer plus sereinement l’élection présidentielle de 2019 où ils comptent bien faire réélire leur champion.

On comprend donc aisément que le principal enjeu des urnes du 30 juillet prochain reste le rendez-vous électoral de 2019 qui préfigure une «guerre de titans» entre les sérieux prétendants que sont Karim Wade, Khalifa Sall et… Macky Sall, l’actuel occupant du fauteuil présidentiel. Le camp de ce dernier semble avoir pris toute la mesure de cet enjeu, qui mise sur la défense de son bilan pour convaincre d’ores et déjà les électeurs. Ce n’est pas un hasard si c’est le chef du gouvernement lui-même, Mahammad Boun Abdallah Dionne, qui conduit la coalition Benno Bokk Yakaar. Avec, comme principal outil de campagne, un «Livre blanc» sur les réalisations du pouvoir en place depuis l’élection, en avril 2012, de Macky Sall à la tête de l’Etat sénégalais.

Reste à souhaiter que triomphent au final, dans cette chasse aux voix, arguments pertinents et débats de qualité, au contraire des coups en dessous de la ceinture, injures de toutes sortes et autres pratiques déloyales dont chaque camp a le secret pour l’emporter coûte que coûte, parfois au détriment du choix des électeurs.