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Le siège de l'Union africaine à Addis-Abeba

EDITO

Les chefs d’Etat et de gouvernement du continent se retrouvent ce lundi à Addis-Abeba pour la 29e Conférence au sommet de l’Union africaine. Au menu de ce rendez-vous qui ambitionne de marquer un tournant dans la vie de l’institution panafricaine, la question de son autofinancement, la mise en œuvre des réformes proposées lors du précédent sommet et, bien entendu, les dossiers toujours brûlants qui concernent la paix et la sécurité.

Porté à la tête de la Commission de l’Union africaine en janvier dernier, l’ancien ministre tchadien des Affaires étrangères, Moussa Faki Mahamat, veut imprimer une nouvelle dynamique à l’institution panafricaine. Une institution un peu moribonde et souvent amorphe, critiquée de toutes parts et qui semble désormais outillée pour amorcer son renouveau et inscrire ses actions dans le cœur des Africains.

Pour ce faire, le nouveau président de la Commission de l’Union africaine tient à réussir son premier sommet — placé comme le précédent sous le thème «Tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse» — et qui devrait se pencher sur plusieurs questions relatives à la paix et la sécurité sur le continent, ainsi que sur la réforme de l’organisation panafricaine.

«Il est urgent pour l’Afrique de prendre en main son propre besoin de paix et de sécurité», a notamment indiqué Moussa Faki Mahamat le 30 juin dernier, lors de la cérémonie d’ouverture du Conseil exécutif de l’institution panafricaine. Ces questions devraient donc prendre une place prépondérante dans les discussions des chefs d’Etat du continent au lendemain du sommet du G5 Sahel — Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad — qui s’est tenu ce 2 juillet à Bamako, au Mali, pour étudier, en présence du président français Emmanuel français, «les modalités de la mise en œuvre d’une force commune» dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans la région.

Cependant, le président de la Commission de l’Union africaine compte davantage s’appuyer sur la «crédibilité internationale» dont jouit encore malgré tout l’institution pour réussir son pari. «Continuer à mériter cette immense reconnaissance nous impose de prendre les mesures, des réformes, qui nous permettent de maintenir notre rang», a-t-il notamment indiqué vendredi dernier, lors de l’ouverture, à Addis-Abeba, du Conseil des ministres du 29e sommet de l’Union africaine qui s’ouvre ce lundi dans la capitale éthiopienne.

Mais alors comment l’UA peut-elle rester crédible lorsque «plus de 80% de son budget dépend des donateurs étrangers»? Et si, pour assurer le financement de ses projets et initiatives, elle doit perpétuellement tendre la sébile et compter sur la magnanimité de «partenaires» divers, occidentaux et chinois notamment? Référence notable au siège de l’organisation, un cadeau de la Chine qui démoralise encore royalement ceux qui pensent que l’UA dort décidément sur la natte d’autrui.

Livré clé en mains en 2012 après trois années de travaux, le bâtiment de 99,9 mètres de haut — le plus élevé de la ville d’Addis-Abeba avec ses trente étages, selon ses concepteurs —, a coûté la bagatelle de 200 millions de dollars (154 millions d’euros, soit plus de 101,17 milliards de francs CFA)! Il n’y a pas jusqu’au mobilier qui n’ait été payé rubis sur l’ongle par «nos formidables amis chinois» qui avaient décidément à cœur, mieux que nos leaders, d’offrir un imposant et sublime cadre de travail à «notre UA» en panne de ressources, d’initiatives et surtout de créativité!

Aujourd’hui, le sujet n’est pas de revenir sur la gêne légitime avec laquelle certains Africains ont accueilli cette «Maison Afrique new-look» avec «ses trois centres de conférences, ses bureaux pour 700 personnes, son héliport et sa statue en bronze de Kwame Nkrumah, ancien président du Ghana et chantre de l’unité africaine». Ni de mésestimer l’œuvre gigantesque livrée par la Chine à la postérité des chantiers de l’unité africaine et à la richesse infrastructurelle du continent. Il s’agit plutôt de ne pas oublier ce témoignage de la démission de nos leaders africains qui, pour la plupart, n’ont jamais su célébrer la souveraineté, la solidarité et l’autonomisation du continent qu’à travers discours laudatifs et slogans creux. Toutes choses qui éclairent d’une lumière nue, neuve et éclatante le désir d’autofinancement de notre institution, qui a désormais toutes les cartes en mains pour rebondir.

Ce chantier de l’autofinancement fait justement partie du projet de réforme de l’Union africaine que pilote le président rwandais Paul Kagame. On attend donc vivement que les chefs d’Etat et de gouvernement accomplissent un pas décisif, à l’issue de leurs travaux de ce début de semaine, pour enclencher la mise en œuvre de l’organisation panafricaine afin de la rendre plus efficace. Ici et maintenant!

Il y a un an en effet, en juillet 2016, le chef de l’Etat rwandais reçoit de ses pairs, lors du 27e sommet de l’UA qui s’est tenu à Kigali, la mission de réfléchir sur les mesures susceptibles de lifter la «vieille organisation» pour la moderniser et la dynamiser. En réalité, cette volonté de réformer l’UA remonte à… 2007, mais elle peinait à se concrétiser parce que, confie un fonctionnaire de la Commission, elle était «bloquée par les ambassadeurs des Etats membres qui souhaitaient intervenir à tous les niveaux». Dix années se sont ainsi écoulées, pendant lesquelles cette noble initiative est restée dans les cartons!

En héritant du «bébé mort-né» qu’on lui demande de réanimer, Kagame, en homme avisé, s’entoure de personnalités africaines indépendantes de haut vol. Au total, une «dream team» de neuf Africains de premier choix — dont notamment le Bissau-Guinéen Carlos Lopes, ancien sous-secrétaire général des Nations unies et secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, et le Rwandais Donald Kaberuka, ancien président de la Banque africaine de développement (BAD) —  a conduit ces travaux de réforme de l’organisation panafricaine. Objectif, faire de cette institution «bureaucratique, inefficace, trop dépendante des donateurs étrangers et peu crédible aux yeux des citoyens» le véritable fer de lance d’une nouvelle construction panafricaine au service des nations, des peuples et du continent.

Ainsi, outre la question du financement — donc de l’autofinancement! —, qui pointe notamment la mise en place, à compter du 1er janvier 2018, d’une taxe de 0,2% (dite «taxe Kaberuka») sur certaines importations, les réformes proposées et adoptées par le 28e sommet à Addis-Abeba au début de l’année, puis discutées lors d’une rencontre à Kigali le 8 mai dernier, concernent principalement la «rationalisation du champ d’action de l’UA», d’une part, et le «réalignement des institutions», d’autre part. Le conclave de ces deux jours constitue donc une importante opportunité à ne pas gâcher sur le calendrier de la mise en œuvre effective des réformes.

En tout état de cause, il ne fait aucun doute pour le président de la Commission de l’UA que l’organisation ne retrouverait sa crédibilité qu’à travers la pleine application de ces réformes. «Nous sommes à un tournant, les défis auxquels nous faisons face nous commandent d’adapter notre outil dans un monde en plein changement», a prévenu Moussa Faki Mahamat, qui a décliné sa vision à la tête de l’institution panafricaine à travers le triptyque «Efficacité-Unité-Crédibilité». Dont acte!