Aujourd'hui,

EDITORIAL

Les semaines à venir promettent d’être mouvementées au Mali, notamment sur le plan sociopolitique. Une frange importante de la population est en effet vent debout contre le projet de révision de la Constitution engagé par le pouvoir en place.

Les Maliens sont convoqués aux urnes le 9 juillet prochain pour se prononcer sur le nouveau texte de leur Loi fondamentale. Adoptée par l’Assemblée nationale le 3 juin dernier, cette nouvelle Constitution, qui instaurera entre autre un système parlementaire bicaméral avec la création d’un sénat, est toutefois largement boudée par l’opinion publique malienne.

Là-bas en effet, sur les rives du fleuve Djoliba, la contestation gronde, s’amplifie et enfle, alors que le compte à rebours pour le référendum a d’ores et déjà commencé. Entre demande de retrait pur et simple du projet, d’une part, et mobilisation pour rejeter la nouvelle Constitution dans les urnes, d’autre part, les voix se multiplient pour demander au pouvoir de revoir sa copie.

Mieux, une plateforme sociopolitique a vu le jour ce dimanche pour donner du sens à cette lutte. Une force structurée donc, formée de partis politiques, aussi bien de l’opposition que de la majorité parlementaires, ainsi que de députés, de jeunes d’artistes et de groupes de la société civile. Désormais — et comme ce fut le cas au Bénin lorsqu’on prêtait des velléités de révision constitutionnelle au défunt président Mathieu Kérékou au cours de son deuxième et dernier mandat de l’ère du renouveau démocratique (2001-2006) —, le mot d’ordre au Mali est «Touche pas à ma Constitution»! Portée sur les fonts baptismaux le dimanche 11 juin à l’issue d’une large mobilisation à Bamako, la plateforme «An te son, a bana!» ambitionne donc de faire échec à ce projet de révision constitutionnelle.

«Dans les discussions, il y a une frange très importante qui demande purement et simplement le retrait de ce projet. Il y a une partie qui demande que nous sensibilisons la population, que nous sensibilisons nos concitoyens pour voter non», confie Alhousseini Abba Maïga, vice-président du parti Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (Fare «An Ka Wuli»), qui, lui, ne fait aucunement confiance au régime et souhaite ne pas aller jusqu’au référendum. En tout état de cause, la fronde contre le projet de révision de la Constitution du 25 février 1992 est engagée et les responsables de la plateforme comptent bien arriver à leurs fins en usant de tous les moyens légaux à leur portée: recours en justice, manifestations, campagne d’information…

Si l’on admet volontiers que la situation sociopolitique du Mali mérite un toilettage constitutionnel indispensable, beaucoup décrient en revanche le peu de concertation qui a entouré l’adoption de ce projet soumis au référendum le 9 juillet prochain. Ainsi notamment que les… pouvoirs qu’accorde le nouveau texte au président de la République, et qui témoignent, selon ses pourfendeurs, d’une «dérive monarchique mettant en péril les acquis démocratiques obtenu au prix du sacrifice ultime». Les représentants des partis de l’opposition, des associations de jeunes, de la société civile se disent donc décidés à se dresser contre «le bricolage de la volonté du peuple malien de 1992».

Et pourtant, explique le ministre malien des Droits de l’homme et de la Réforme de l’Etat, Kassoum Tapo, «cette révision est une exigence de la situation politique ainsi que de la communauté internationale qui nous accompagne. Il est évident que la mise en œuvre de l’accord de la paix est aujourd’hui une exigence nationale et internationale». Une exigence qui implique la modification du texte constitutionnel de 1992 en certaines dispositions, «notamment par la création du sénat».
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la révision constitutionnelle du Mali, pays toujours fragile, emprunte déjà les sentiers incertains de la contestation au lieu de se construire dans une ambiance plus sereine de concertation, de paix et de consensus. Tout cela à quelques mois de la prochaine élection présidentielle prévue en 2018.