Aujourd'hui,

Poignée de mains entre Benjamin Netanyahou et Faure Gnassingbé

EDITO

On attendait le Maroc, mais c’est… Israël qui fait la bonne affaire à l’issue du 51e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, qui s’est tenue ce dimanche à Monrovia, capitale du Liberia.

La grand’messe des leaders de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) — Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée-Bissau, Guinée, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo — s’est achevée ce 4 juin dans la capitale libérienne avec un triple symbole. D’abord, en remettant le bâton de commandement de l’institution régionale à son homologue du Togo, Ellen Johnson Sirleaf, l’hôte du sommet, faisait en même temps ses adieux à ses pairs. Après deux mandats à tête du Liberia, la dame de fer ne peut en effet plus briguer la magistrature suprême de son pays lors de la prochaine élection présidentielle d’octobre 2017.

A quelques mois du départ des affaires de la seule femme chef d’Etat du continent, ce sommet constitue aussi pour le Liberia — et c’est également un symbole fort — le retour de ce pays dans la «normalité» communautaire. Cela fait en effet deux décennies qu’aucune rencontre internationale de haut niveau ne s’est pas tenue au Liberia, en raison notamment des avatars de la guerre, d’une part, et de la longue épidémie d’Ebola qu’a connue le pays, d’autre part.

Au-delà de ces deux symboles forts, la 51e conférence au sommet des chefs d’Etat des pays membre de la Cedeao consacre l’entrée en puissance d’Israël dans un nouveau partenariat de coopération forte avec l’institution communautaire, et plus largement avec l’Afrique. Conséquence de cette idylle israélo-africaine, marquée par la présence, à Monrovia, du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le roi du Maroc — dont la demande d’adhésion devait être examinée lors de ce rendez-vous —, s’est finalement abstenu de faire le déplacement de la capitale libérienne.

Le moins que l’on puisse en tout cas, c’est que des pays hors de la zone géographique de la Cedeao (Maroc et Tunisie notamment), matérialisent leur forte intention d’adhérer à l’organisation, tandis que l’une des grandes puissances militaires et économiques du Proche-Orient fait les yeux doux au continent dans son ensemble. Cela souligne au passage la vitalité de l’institution communautaire, considérée à juste titre, et ce malgré les problèmes et difficultés qui subsistent çà et là, comme l’exemple le plus abouti de la libre circulation des personnes et des biens sur le continent. Un exemple que viendra renforcer du reste la mise en œuvre de la carte d’identité biométrique qui vise aussi notamment, selon les mots du ministre burkinabè de la Communication, Rémis Fulgance Dandjinou, à… «mieux contribuer à la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière».

En tout état de cause, Israël semble décidé à cheminer avec notre continent en s’appuyant sur la zone Cedeao où elle ouvrira un bureau commercial, de même qu’en Afrique de l’Est. «Israël est de retour en Afrique et l’Afrique est de retour en Israël», a d’ailleurs lancé, enthousiaste et satisfait, le Premier ministre de l’Etat hébreu, qui avait déjà annoncé vendredi dernier un investissement de un million de dollars sur quatre ans dans l’énergie solaire au sein de la Cedeao.

En choisissant d’investir dans le secteur énergétique, Israël montre sa volonté d’agir promptement pour soulager des millions d’Africains et sceller rapidement un partenariat significatif avec le continent. «Nous sommes prêts à financer et construire les premiers projets solaires nationaux de démonstration dans tous les pays affiliés à la Cedeao afin de promouvoir la stabilité politique et le développement social et économique, ainsi que de faire avancer le transfert de connaissances», a ainsi déclaré Yosef I. Abramowitz, P-DG d’Energiya Global et membre de la délégation du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. L’offre est en effet des plus séduisantes quand on ait que 600 millions d’Africains sont sans électricité tandis que les grandes annonces sur l’exploitation du solaire pour avancer sur cette question continent, pour la plupart, de piétiner.

L’offensive diplomatique d’Israël rencontre donc aussi le management diplomatique du chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, qui, coiffé désormais de la casquette de président en exercice de la conférence des chefs d’Etat de la Cedeao, accueillera le Sommet Afrique-Israël — une première! — prévu pour se tenir sur ses terres, à Lomé, du 23 au 27 octobre prochains. Aux côtés de dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement ainsi que des délégations ministérielles, on annonce la participation, à ce rendez-vous inédit, de plus d’une centaine d’entreprises israéliennes! Et au menu des échanges, «des questions de coopération diplomatique, de lutte contre le terrorisme, d’aide publique au développement et de partenariat économique dans les secteurs de l’agriculture, de la santé, de la Fintech, de la Cybersécurité ou encore de l’éducation».

Autant dire que sur le papier une petite révolution se prépare dans les arrière-cours de certaines puissances mondiales — dont on sait que leurs intérêts ne sont jamais bien loin de leurs investissements —, qui se bousculent pour conclure un partenariat privilégié avec le continent de tous les espoirs. L’Afrique saura-t-elle s’élever en partenaire majeur afin de gérer au mieux toutes ces opportunités et tirer le meilleur parti de cette belle saison des «je t’aime moi non plus» qui fleurissent à ses portes sans se laisser dicter la loi des plus forts? Il faut l’espérer ardemment…