Aujourd'hui,

EDITORIAL

Après une année 2016 des plus éprouvantes sur le plan social où il a essuyé un nombre incalculable de débrayages et de sit-in, le gouvernement burkinabè avait l’impérieux devoir de se donner un peu d’air pour 2017. Mais jusque-là, le ton ne semble pas être à l’apaisement puisque la marmite syndicale n’a aucunement arrêté de bouillir au cours des premiers mois de cette année. Et pour couronner le tout, l’opposition politique enfonce le clou, ce 29 avril, avec un meeting populaire censé dévoiler sa nouvelle plateforme de combat démocratique. L’opposition politique évoque ainsi «la dégradation de la situation de notre pays» pour inscrire ce meeting dans «le cadre des actions de mobilisation, de sensibilisation, d’interpellation et de protestation (qu’elle) engage conformément à son rôle républicain».


Autant dire que le Burkina post-insurrectionnel a toujours du mal à se parler à lui-même et à conclure un pacte républicain fort. Par-delà la lancinante mais lourde question de la réconciliation nationale, diversement interprétée que l’on soit dans un camp ou dans l’autre, affleure tout simplement un déficit de dialogue, voire parfois un refus de dialogue qui risque bien d’entraîner le pays dans un… dialogue de sourds si on n’y prend garde. Tellement de questions méritent d’être traitées au calme, avec le sens élevé d’un compromis vertueux qui emprunte les chemins du respect, de la responsabilité et de la raison.

C’est sans doute pour vaincre la fatalité en apportant une réponse différente, dans l’approche et la méthodologie, que le gouvernement burkinabè a cru bon devoir créer le Haut conseil du dialogue social. Pour le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, qui l’a annoncé le 14 avril dernier, lors de son grand oral sur la situation de la nation devant la représentation nationale, cette instance vise à «analyser les préoccupations sociales en vue de leur apporter les réponses appropriées».

Il s’agit donc en priorité de mettre en œuvre une véritable politique du dialogue qui permettrait de construire le développement du pays dans un «climat social apaisé». Là-dessus, indique Paul Kaba Thiéba, «le gouvernement compte instaurer très prochainement un cadre de dialogue Gouvernement-Patronat et procéder à la relecture de la loi relative au code du travail». Mais ce n’est pas tout. «Une concertation avec les partenaires sociaux sur les conditions de rémunération des agents de la fonction publique» est annoncée pour se tenir avant la fin de cette année en vue de mieux faire face à… «la recrudescence des revendications salariales».

Ce tableau montre bien que le gouvernement a pris la mesure des défis qui se posent à lui sur le front social et qu’il s’active pour calmer le jeu dans une dynamique de concertation. Cependant, ne risque-t-on pas d’embrigader le dialogue dans un cadre (trop) formel et institutionnel qui, pour être efficace, devrait s’émanciper, dès le berceau, de certaines suspicions congénitales qui pourraient handicaper son action?

En y regardant de près, la mise en place d’une telle instance est sans doute nécessaire dans le contexte particulier du Burkina d’aujourd’hui, où l’on peine gravement à s’écouter les uns les autres, et à s’entendre, à s’accorder paisiblement sur l’essentiel. Le fossé qui se creuse de plus en plus entre la vision incarnée par les autorités ainsi que l’appréciation de leurs actions, d’une part, et les nombreuses attentes des populations, d’autre part, commande un sursis de la tempête permanente des revendications et récriminations tous azimuts.

Cependant, et pour que cette trouvaille gouvernementale ne soit pas un «machin» de plus, il est de bon ton que le Haut conseil du dialogue commence par être une instance hautement crédible. On y arrivera certainement à travers une pédagogie à toute épreuve; un choix convaincant de ses acteurs qui, irréprochables, doivent aussi avoir le sens de la mesure et de l’intérêt général; une communication efficace et des actions pertinentes qui s’imposent à tous, parce qu’elles emprunteront le chemin du bon sens.

En tout état de cause, rien de grand, rien de beau, rien de durable ne peut se faire sans un climat social apaisé. Reste donc à espérer que ce Haut conseil soit de bon conseil pour une nation paisible, solidaire et réconciliée…

© Fasozine N°69, Mai-Juin 2017