Aujourd'hui,

EDITORIAL

Il l’a finalement obtenu, son moment de gloire! Entouré de ses partisans, Jean Ping a orchestré son meeting samedi dernier. Et s’il se proclame toujours «président élu» du Gabon, l’ancien président de la Commission de l’Union africaine semble prêcher désormais dans le désert.


C’est sûr, l’élection présidentielle qui s’est tenue le 27 août 2016 au Gabon laisse encore ci et là un arrière-goût amer de hold-up. Comme un bégaiement de l’histoire politique de ce pays où sept années plus tôt, les résultats du scrutin de 2009 — qui avaient alors porté le fils de feu Omar Bongo Ondimba au pouvoir —, avaient déjà été violemment contestés, la rengaine de l’année dernière a également laissé pantois bon nombre d’Africains. Contre le ressenti général et des chiffres qui inclinaient pourtant à la victoire de Jean Ping, ce fut une fois de plus Ali Bongo qui rafla la mise, avec l’onction de la cour constitutionnelle.

Evidemment, toute cette sombre affaire, que l’on ne souhaite plus voir prospérer sur le continent, laisse encore des blessures profondes au sein de la classe politique et de la population gabonaises. Surtout dans le cœur du principal concerné, Jean Ping, qui continue de réclamer le fauteuil qu’il estime lui revenir de droit. On peut comprendre cette bataille acharnée pour la vérité des urnes, face à un pouvoir qui tente de colmater les brèches en organisant un «dialogue national» boycotté par une bonne partie de l’opposition. On devrait même, à l’image de ce qui s’est passé ailleurs, actionner une pression internationale déterminante pour faire échec à ce que Jean Ping considère toujours comme étant un «coup d’Etat électoral».

Seulement voilà! Au plan international, les récriminations semblent avoir atteint leur limite et les cris ahuris de désapprobation se sont tus. L’élection — la mal-élection — d’Ali Bongo est pour ainsi dire considérée comme un fait irréversible, acté par les chancelleries et autres institutions fouettardes. Et à l’intérieur, la grosse démonstration de force promise par Jean Ping lui-même et son camp avec une mobilisation de 100 000 personnes samedi dernier, a fini sur une note mitigée avec «seulement» une foule de 20 000 personnes — foi des organisateurs du meeting eux-mêmes — venues porter le message de «leur président».

Au train où vont les choses, on peut donc bien se demander si le rapport de force n’a pas définitivement choisi son camp. Jean Ping aura beau clamer qu’il «est là pour aller jusqu’à la présidence de la République et la mise en place de la nouvelle République», on peut légitimement douter qu’un tel chantier se mette en place. Oui, il a beau arborer son costume de «président élu» et inviter avec force son adversaire, solidement calé à la tête du pays, à «la passation des charges sans délai pour mettre fin aux souffrances du peuple gabonais», Ali Bongo ne n’écoute malheureusement même plus, sachant bien qu’ici et là, il n’y pas, il n’y a plus grand monde pour prendre le parti de Jean Ping.

A moins que ce que d’aucuns peuvent encore considérer comme une «restauration démocratique», ou une opération salutaire de salubrité politique, n’emprunte à nouveau les chemins escarpés des violences aveugles dont les populations sont les seules vraies victimes. Innocentes, résignées et sacrifiés sur l’autel d’intérêts personnels égoïstes. Mais ça, c’est une autre paire de manches car, est-il besoin de le rappeler — et c’est d’une tristesse désarmante parce que ceux qui peuvent faire bouger les lignes préfèrent afficher une coupable impuissance et s’accommoder de cette douce fatalité qui sied bien à leur confort politique et économique —, Ali Bongo s’accrochera sans coup férir à «son coup d’Etat militaro-électoral». Envers et contre tout. Envers et contre tous…