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EDITO

De la République du Dahomey, proclamée le 4 décembre 1958, à la République du Bénin, née en 1990 sur les cendres de la République populaire du Bénin (30 novembre 1975-1er août 1990), le pays des amazones de Gbêhanzin a traversé bien des tourments sociopolitiques. Engagé dans un «renouveau démocratique» depuis la conférence nationale de forces vives, tenue en février 1990, le Bénin reste frileux à toute velléité de modification de sa Loi fondamentale.

On avait cru que cette fois-ci, c’était la bonne! Mais le projet de révision de la Constitution du Bénin, introduit au Parlement pour examen par l’actuel chef de l’Etat, Patrice Talon, a fait pschitt. Après le rejet de l’examen du nouveau texte par les députés béninois qui, à trois unités près, n’ont pas réussi à réunir le quorum des trois quarts de voix nécessaires, le président Talon a décidé d’enterrer son projet. Reçu à la télévision samedi dernier, le chef de l’Etat béninois a dit son chagrin et a annoncé qu’il tourne désormais cette page pour passer à autre chose. Mesure emblématique de sa campagne électorale, placée sous le signe des réformes, ce projet de révision constitutionnelle, qui invitait à une nouvelle gouvernance avec notamment un mandat présidentiel unique, avait pourtant plus de chances de succès que les initiatives précédentes.

En effet, après un quart de siècle d’imperturbables «Touche pas ma Constitution», les Béninois avaient fini par se faire à l’idée de cet indispensable toilettage de leur Loi fondamentale. Les sempiternelles suspicions d’une révision opportuniste, qui supprimerait la limitation du mandat présidentiel — un quinquennat renouvelable une seule fois —, ont donc cédé la place à la conviction que le temps est venu d’opérer quelques changements susceptibles d’améliorer la gouvernance institutionnelle, sociale et politique. D’autant que l’actuel président, chantre du mandat unique, ne semblait pas vouloir tailler le texte suprême à sa mesure.

A présent que cette nouvelle tentative a tourné court et que Patrice Talon ne désire visiblement pas rebondir sur et échec, ne faudrait-il pas projeter la République dans le futur et trouver les ressorts et les moyens d’une nouvelle vision institutionnelle qui impulse le développement et organise mieux la vie sociopolitique et économique dans ce pays? Tellement de propositions ont essaimé ces dernières années pour que l’on n’en tire pas profit, à travers un nouveau consensus, après celui de 1990, pour réécrire une République qui ressemble à ses fils et prend en compte les défis présents et futurs.

Car en effet, tout a déjà été essayé dans ce pays. On y expérimenta même, entre 1970 et 1972, le «conseil présidentiel», ce triumvirat que Mathieu Kérékou a appelé le «monstre à trois têtes». Si le coup d’Etat du 26 octobre 1972 est venu mettre un terme à douze années d’une instabilité politique criarde à la tête du pays qui avait alors déjà usé une bonne dizaine de chefs d’Etat, la conférence nationale et la Constitution de la Ve République, adoptée le 11 décembre 1990, ont inscrit durablement le pays dans une expérience démocratique enrichissante. Faisant du Bénin, en dépit des difficultés et des dysfonctionnements que l’on tente de corriger aujourd’hui, l’un des rares pays du continent à pouvoir revendiquer trois alternances au sommet de l’Etat en moins de 30 ans.

Dans cette Afrique de l’Ouest, la zone géopolitique auquel il appartient, le Bénin s’est distingué au plan institutionnel avec son régime présidentiel, alors que dans les autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) par exemple — Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo —, la Constitution prévoit un poste de Premier ministre. Pour mémoire, cette fonction de Premier ministre (non constitutionnelle), a tout de même fait son apparition dans la nomenclature institutionnelle du pays sous les présidents Mathieu Kérékou et Thomas Boni Yayi. Au point que l’on évoque encore souvent sa constitutionnalisation en bonne et due forme.

Sur cette question enfin, il faut aussi se rappeler qu’au sortir de la conférence nationale, la grande majorité des Béninois semblait acquise à une Constitution avec un régime semi-présidentiel, donc qui consacre l’existence d’un Premier ministre. Tant et si bien d’ailleurs que les citoyens avaient à choisir, en 1990, non pas entre deux, mais entre trois bulletins de vote lors du référendum constitutionnel. Ainsi, en plus des traditionnels «Oui» et «non», et suite au débat très houleux qui a caractérisé la campagne médiatique et électorale, il y avait aussi un bulletin frappé de «Oui, mais…», synonyme d’option pour une Constitution avec un Premier ministre.

Il y a peut-être lieu aujourd’hui de convoquer une nouvelle constituante pour questionner de fond en comble le modèle institutionnel et démocratique béninois afin que, une fois nourrie aux sources des expériences multiples qui ont jalonné la vie du pays et forte des réussites d’autres nations, une nouvelle Loi fondamentale fasse autorité, dans le consensus et la concorde. En un mot comme en cent, et si le Bénin, en transcendant les divergences et intérêts politiques souvent personnels, osait écrire bravement une nouvelle République?