Aujourd'hui,

Kwame Nkrumah

EDITO

C’est un anniversaire particulièrement significatif que célèbre le Ghana ce 6 mars. L’ancienne Gold Coast marque en effet soixante années de souveraineté nationale. Une indépendance qui n’est pas sans rappeler la riche histoire de ce pays ainsi que les rêves de panafricanisme de certains pères fondateurs africains dont Kwame Nkrumah. Et quel honneur pour son tout nouveau chef de l’Etat de présider les festivités de ce rendez-vous du Ghana avec le passé et le futur du continent!

Soixante ans d’indépendance, ça se fête! Et lorsque ces bougies d’anniversaire viennent du Ghana, l’Afrique peut légitimement s’enorgueillir du parcours de ce pays qui, en dépit de difficultés économiques actuelles — conséquence de l’effondrement des prix du pétrole et du gaz notamment —, reste, sur le continent, l’un des meilleurs exemples de gestion politique et démocratique, d’une part, et de bonne gouvernance, d’autre part. Depuis plusieurs années en effet, le pays reste stable sur le plan politique, et son processus démocratique est l’un des plus probants.

L’alternance au pouvoir est ainsi inscrite dans les mœurs institutionnelles au pays de Kwame Nkrumah et l’actuel chef de l’Etat, en poste seulement depuis le 7 janvier dernier, constitue un témoignage vivant de cette réalité incontestable. Après deux tentatives infructueuses, Nana Akufo-Addo, 72 ans, remporte haut la main l’élection présidentielle du 7 décembre 2016 avec près de 53% des voix. Réputé tenace et discret, cet avocat de formation, fils d’Edward Akufo-Addo, l’un des pères de l’indépendance — qui dirigea le pays d’août 1970 à janvier 1972 —, prend donc les rênes d’un Ghana admiré au-delà du continent pour son exemple démocratique.

Qu’elle est lointaine l’époque où, emberlificotés dans des contradictions diverses, les Ghanéens étaient constamment réveillés par des coups d’Etat à répétition! Aujourd’hui, semble-t-il, tout en assumant son passé et sa riche histoire, le pays se construit avec des valeurs qui peinent à s’enraciner dans d’autres contrées, alors qu’elles devraient constituer, ci et là, des normes institutionnelles fortes et pérennes. La paix et le développement, revendiqués à cor et à cri dans les discours et professions de foi des gouvernants ne devraient-elle pas également passer par la force d’institutions démocratiques qui s’assument et assument la volonté des peuples du continent?

En tout cas — et même si l’on peut rétorquer que ce n’est point une panacée — le Ghana de Nana Akufo-Addo montre bien, au moment où il souffle ses soixante bougies d’indépendance, que la stabilité politique, la bonne gouvernance, le réalisme institutionnel fondent une nation forte qui renvoie cette belle image de paix, de quiétude et de solidarité que beaucoup appellent de leurs vœux. Il en est ainsi parce que, au plus fort des crises qu’a pu traverser le pays, les gouvernements successifs ont su travailler sur des réformes économiques pertinentes afin de redresser la barre.

Ce n’est certainement pas un hasard si le Ghana, «classé cinquième État le moins fragile en Afrique en 2012, et le quatrième en 2016, sur l’Index des États fragiles», est en outre considéré comme le «quatrième État le moins corrompu du continent africain» selon l’index de perception de la corruption de Transparency International. Last but not least, le pays est le «septième Etat le mieux gouverné de l’Afrique», dans l’Index Ibrahim de gouvernance africaine. Cela ne veut nullement dire que le Ghana est exempt de problèmes, mais que le pays s’inscrit globalement dans une bonne dynamique, en réussissant un équilibre appréciable entre ses opportunités aussi bien politiques que socioéconomiques et les pressants besoins des populations.

En tout état de cause, le nouveau chef de l’Etat, dont l’histoire retiendra désormais que c’est lui qui a orchestré le soixantième anniversaire de son pays, sait que le Ghana est actuellement dans «une mauvaise passe» économique et qu’il a du pain sur la planche. Il n’a en effet pas occulté ces difficultés lors de son discours sur l’état du pays, le 21 février dernier. Et pour lui, ces difficultés ne… freineront pas  «son élan pour créer des emplois, réduire le déficit budgétaire de son pays et améliorer durablement l’agriculture». Promettant même au passage de donner un nouveau souffle à l’économie de son pays en «réduisant les impôts, afin de stimuler la croissance du secteur privé au Ghana». Et si on le suivait pas à pas au lendemain de cette célébration de l’indépendance qui ravive le panafricanisme de Nkrumah et des autres, pour le prendre bientôt au mot, dans un esprit bien compris de redevabilité et de contrôle démocratique des actions de nos gouvernants?