Aujourd'hui,

EDITORIAL

C’est l’histoire d’un film dont la réalisation n’en peut plus de s’écarter du brillant scénario adopté dès le départ par l’équipe de production. Mais s’il ne s’agissait que d’un film, on pourrait gommer les scènes «indésirables» du produit fini ou, mieux encore, insérer les séquences inattendues mais peut-être positivement surprenantes dans un long-métrage qui invite à l’enthousiasme au fil des «ça tourne, coupez»!

Seulement voilà, il ne s’agit nullement ici d’un film, du moins pas d’une fiction seulement regardable sur des écrans, grands ou petits. Non, il s’agit plutôt de l’histoire vraie d’une élection en cours, imperdable fin novembre 2016 et qui se transforme en casse-tête français pour un candidat en chute libre. Qui aurait en effet pu imaginer que François Fillon, le tombeur de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé à la première élection primaire de la droite se retrouverait, seulement quelques semaines après sa brillantissime qualification pour l’élection présidentielle d’avril prochain, en quête de crédibilité?

Le candidat à la candidature, devenu, le 27 novembre 2016, candidat à l’élection présidentielle par la rassurante et convaincante force de ses 66,5% des voix face à son adversaire, Alain Juppé, au second tour de la primaire de la droite, vient juste d’écrire l’un des derniers épisodes de ce feuilleton politique à rebondissant. En attendant l’épilogue, François Fillon joue la résistance, refusant de «renoncer» à briguer la magistrature suprême ainsi que le lui claironne une bonne partie de son camp politique depuis des semaines. «Je ne me retirerai pas», a-t-il à nouveau scandé ce 1er mars à la télévision lors d’une conférence de presse, suite à sa convocation, le 15 mars prochain, pour une probable mise en examen.

Aussi, dénonçant avec véhémence un «acharnement» politique et judiciaire et cherchant la parade au «pénélopegate» qui a plombé son discours et sa posture politiques, le candidat de la droite appelle-t-il vigoureusement à… «résister» à «l’assassinat politique» dont il serait la victime. C’est ainsi que la droite, qui affichait un sourire radieux au soir de «sa» primaire réussie se retrouve aujourd’hui dans la panade. Avec un porte-flambeau en porte-à-faux moral avec l’image qu’il a portée et défendue au cours de la campagne. Avec aussi des clairons qui ont sonné l’alerte d’un «plan B» qui n’a pas prospéré jusque-là. Et avec, sur la tête, l’épée d’une mise en examen pour une campagne qui évolue plus que jamais en dents de scie.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le «pénélopegate» a mité les chances du candidat que l’on voyait sans coup férir à l’Elysée en mai prochain s’amenuiser à la redoutable épreuve des valeurs, de la crédibilité, de la morale. «Le problème c’est qu’aujourd’hui son crédit est complètement annihilé. Il n’a plus la capacité de défendre son projet, il n’a plus la capacité de défendre notre famille politique. Il est obligé de se défendre toute la journée, lui», a notamment déploré le député européen Les Républicains Renaud Muselier. Pour ce dernier en effet, «il est difficile pour un homme de défendre son projet avec ce qu’il traîne derrière lui. Ce n’est pas forcement illégal, mais sur le plan de la morale, c’est naturellement condamné par les Français. Pour quelqu’un qui combat le système, il se retrouve dans la position de quelqu’un qui en a abusé. Tout cela est condamnable sur le plan moral».

En tout cas, les carottes semblent cuites à présent pour un hypothétique «Plan B», alors même que, si l’on en croit Henri Guaino, pourtant du même camp politique, «tous les élus Les Républicains savent que c’est terminé (…) Ils savent que ce n’est pas seulement une défaite politique qui se profile, mais une défaite morale»! En attendant le script de l’épilogue de ce film incroyable de suspens et de revirements, le candidat François Fillon n’a plus que «sa» résistance à servir à son camp politique et aux Français dans une élection présidentielle qui arrive à grands pas et qui s’annonce désormais pour la droite comme plus que «perdable».