Aujourd'hui,

Zéphirin Diabré, chef de file de l'opposition politique, en compagnie du Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré

EDITORIAL

«La sécurité, notre plus grand défi commun», avons-nous titré notre première chronique de l’année 2017, expliquant que «les Burkinabè abordent cette nouvelle année avec de grands espoirs, notamment au triple plan sécuritaire, économique et institutionnel» (Fasozine N°67, Janvier-Février 2017, Parlons-en, p.3). C’est une lapalissade, les Burkinabè demeurent, au moment où s’achève le premier bimestre de cette année de tous les défis et de tous les espoirs, très préoccupés par les questions de sécurité et de terrorisme qui se sont plus gravement invités dans leur quotidien depuis ces deux dernières années. Les populations attendent toujours que l’Etat, ainsi que nous l’écrivions dans la même chronique, imprime «une nouvelle dynamique à la vie de la nation en agissant sur plusieurs fronts: atténuer le gap social, impulser la reprise effective et la relance de l’économie, gagner le combat contre l’insécurité sous toutes ses formes».

Le défi est donc le même alors que de toutes parts s’élèvent des alertes tous azimuts et notamment des appels répétés à un sursaut national pour éclairer l’horizon. Entre ceux qui peignent tout en noir, déniant tout acquis ni même quelque avancée au nouveau pouvoir en place depuis seulement un an, et ceux qui préfèrent ne «rien voir, rien dire, rien entendre», il y a sans doute un juste compromis à trouver pour asseoir une nouvelle dynamique sociale et politique. Car l’on ne saurait — et nul ne devrait s’y laisser convaincre! — se résoudre à aller vers le scénario du péril qu’annoncent à tout vent certaines trompettes du désespoir, sans démontrer que nous sommes, tous ensemble, capables du meilleur pour vaincre la fatalité en jouant la symphonie de la raison.

Il nous faut donc travailler à tous les niveaux, et sans tarder, pour que se perpétue le contrat de confiance qui ne saurait être rompu entre gouvernants et gouvernés. Dans ce concert généralisé de crises sociales avec des débrayages à nouveau annoncés ou murmurés de ci de là, il reste impérieux de recentrer le débat, tous les débats, avec honnêteté et responsabilité. Tout comme il est primordial d’aborder avec circonspection, dans un camp comme dans l’autre, les questions de fond sur le mieux-être personnel et le vivre ensemble collectif, qui ne sauraient s’instruire seulement à charge ou exclusivement à décharge.


C’est là, sur les chantiers d’une renaissance vertueuse qui tienne compte des défis actuels de la géopolitique régionale, mais aussi des réalités sociales et sociologiques de notre pays, que devraient s’investir toutes les énergies pour refonder une nation burkinabè forte, solidaire et prospère.


Incontestablement, le temps est plus que venu d’un… signal fort pour opérer au final cette indispensable catharsis dont le pays semble avoir fait l’économie depuis l’insurrection de fin octobre 2014. Car depuis, en effet, le «Plus rien ne sera comme avant» a allègrement servi toutes sortes de causes, nourri bien des vindictes, pour être finalement mangé à toutes les sauces. Le sang toujours bouillonnant d’insurrection, chacun croit voir midi à sa porte, s’arrogeant le droit d’en découdre avec chacun et tout le monde, sans que l’indispensable travail de réarmement moral, de discipline sociale et d’éthique politique ne soit venu baliser la nouvelle plateforme d’espérance pour une véritable communauté de destin. Or, c’est bien connu — et le philosophe allemand Friedrich Hegel nous l’enseigne admirablement —, «là où nul n’est le maître, tous sont esclaves».

En tout état de cause, c’est là, sur les chantiers d’une renaissance vertueuse qui tienne compte des défis actuels de la géopolitique régionale et d’un contexte sous régional difficile, exacerbé par des menaces terroristes non encore maîtrisées, mais aussi des réalités sociales et sociologiques de notre pays, que devraient s’investir toutes les énergies pour refonder une nation burkinabè forte, solidaire et prospère. Pour y arriver, il nous faudrait, tout en… favorisant la restauration de l’autorité de l’Etat, ré-initier une chaîne de valeurs qui portent le pays vers l’avant plutôt que de le tirer vers le bas.

De ce fait, si on convient bien évidemment que les dirigeants, et au premier chef l’élu de la nation, doivent définir le cap, tracer la route, creuser les sillons et montrer le chemin, il est tout aussi indiqué de reconnaître que les différents acteurs de notre société — leaders politiques, responsables économiques, forces sociales et culturelles… — ont le devoir de jouer leur partition pour faire rayonner le Burkina en redonnant tout son sens historique à l’insurrection populaire de fin octobre 2014.

Et si on commençait à s’écouter et à questionner les vraies aspirations du peuple pour produire cette nécessaire et salvatrice catharsis qui remettra enfin les pendules à l’heure de la raison, de la modération et de l’élévation?

© Fasozine N°68, Mars-Avril 2017