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La troisième édition du Rebranding Africa Forum s’attaque à un gros morceau : « Relever le défi de l’industrialisation de l’Afrique ». Un thème qui arrive bien à propos, un mois avant la célébration, le 20 novembre, de la Journée pour l’industrialisation de l’Afrique.

 

 

Quels sont les enjeux et les défis de l’industrialisation de l’Afrique ? Quelles politiques, quelles stratégies mettre en place pour réussir le pari de l’industrialisation du continent ? Telle est le questionnement qui sera au cœur des échanges du 13 octobre prochain à Bruxelles, dans le cadre de la troisième édition du Rebranding Africa Forum (RAF). Il s’agit donc d’ausculter l’un des leviers les plus importants du développement du continent, afin de le mettre plus en valeur, plus en phase avec les réalités et les défis du moment, à travers une approche plus pragmatique.

Ce faisant, le RAF s’inscrit efficacement dans la dynamique annoncée lors de la huitième Conférence économique africaine (CEA) qui invite à « transformer l’Afrique par l’industrialisation et les échanges commerciaux ». Mais pas seulement, puisque cette large concertation en vue de faire un état des lieux sans complaisance des défis de l’industrialisation intervient un mois avant la célébration, le 20 novembre, de la Journée pour l’industrialisation de l’Afrique.

Proclamée en 1989 par l’Assemblée générale des Nations unies dans le cadre de la Seconde Décennie internationale pour le développement de l’Afrique (1991-2000), cette journée vise à « mobiliser l’engagement de la communauté internationale en faveur de l’industrialisation de l’Afrique ». Mais aussi à aborder, chaque année, « des problèmes liés au développement industriel durable et d’évaluer les stratégies d’atteinte des objectifs visant à faire des Africains des partenaires égaux dans ce nouveau monde ».

C’est sans doute le lieu de rappeler qu’en dépit de ses atouts indéniables, « la moitié de la population de l’Afrique dispose de moins d’un dollar par jour pour vivre et que 34 des 48 pays les moins avancés se trouvent en Afrique ». L’Afrique doit donc se battre pour conquérir sa vraie place dans le monde, en sortant des sentiers battus et en mettant l’accent sur la transformation de ses énormes ressources. Car en effet, « il ne s’agit plus seulement de produire, mais d’être compétitif pour espérer tirer profit des marchés de plus en plus ouverts et concurrentiels ».

« Relever les défis de l’industrialisation de l’Afrique », c’est donc aussi travailler à promouvoir cette compétitivité en répondant à la belle exhortation du Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a affirmé l’année dernière que « l’Afrique doit investir dans la formation et l’éducation des femmes et des jeunes pour s’industrialiser, développer son secteur privé et parvenir au développement durable ».

Incontestablement, cette troisième édition du Rebranding Africa Forum offre à l’Afrique une plateforme privilégiée d’échanges afin de réinventer le futur à travers une réelle approche stratégique et prospective, porteuse de plus de succès. Et pour Patrick Osakwe, chef de la section Afrique de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), « il est très important que les pays d’Afrique fassent preuve de réalisme et abordent les politiques d’industrialisation sous une perspective stratégique. Nous devons nous concentrer sur ce qui fonctionne, et non sur des convictions idéologiques ».

Se concentrer sur ce qui fonctionne pour proposer au final, au-delà des réflexions, « des idées concrètes sur les possibilités de mettre en place des industries africaines pour les Africains et par les Africains ». C’est ce qu’estime du moins la Sénégalaise Awa Caba, cofondatrice de Sooretul et lauréate de l’Innovation Award 2015, pour qui seule une telle démarche permettra d’« absorber cette masse de la population jeune à la recherche d’emplois », ainsi qu’une exploitation réussie de nos ressources naturelles.

En tout état de cause, le thème du RAF 2016 apporte de l’eau au moulin du Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté le 25 septembre 2015 par les États membres de l’Organisation des Nations unies. Ce programme indique en effet qu’« une industrialisation inclusive et durable contribuerait pour beaucoup à aider l’Afrique à surmonter ses graves problèmes de développement ». Aussi, les participants à cette troisième édition du RAF devraient-ils allègrement prendre à leur compte le constat plein de bon sens de l’institution onusienne qui affirme que « l’industrie crée des emplois, accroît les revenus, augmente la valeur des produits agricoles, favorise le progrès technologique, ouvre des perspectives économiques aux femmes et produit des recettes qui permettent aux gouvernements de réduire et d’éliminer la pauvreté ».

On peut donc miser sur la pertinence des réflexions et échanges qui seront brassées au sein des trois panels qui meublent les travaux du RAF 2016 : Investir et financer la deuxième industrialisation de l’Afrique ; Technologies du futur et enjeux énergétiques ; Les chantiers de l’agro-industrie. Des réflexions et échanges qui déboucheront à nouveau, il faut l’espérer, sur ce qui pourrait s’appeler le « Guide de l’industrialisation de l’Afrique en 50 idées clés ». Afin que « Relever les défis de l’industrialisation de l’Afrique » rime bien avec… réussir le pari de l’industrialisation du continent.

Serge Mathias Tomondji