Aujourd'hui,

En attendant de décortiquer, le 13 octobre prochain, la problématique de l’industrialisation de l’Afrique, le Rebranding Africa Forum a déjà abordé tour à tour, au cours de ses deux précédentes éditions, les questions de l’émergence de l’Afrique, en 2014, puis les contours des investissements et de l’entreprenariat sur le continent, en 2015…

 

Acte un, 18 octobre 2014. Le Management Center Europe de Bruxelles accueille la toute première édition du Rebranding Africa Forum. Rendez-vous attendu, cette rencontre afro-africaine au cœur de l’Europe sur une thématique pertinente — « L’émergence de l’Afrique, à quel prix ? » —, initiée par le magazine panafricain Notre Afrik et Samori Média Connection tient toutes ses promesses. Les six panels programmés pour la circonstance mènent la réflexion sur les contours de l’émergence africaine.

Et l’on retient avec le Béninois Abdoulaye Bio Tchané, président du cabinet conseil Alindaou Consulting International et actuel ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement de son pays, que « l’émergence de l’Afrique passe également par une vraie promotion de l’intégration régionale, laquelle reste pour l’heure inégale selon les régions ». On entend aussi, en se l’appropriant, le plaidoyer du Burkinabè Alain Coeffé, docteur ès sciences économiques, plusieurs fois ministre dans son pays, qui estime qu’« un pays qui ne peut pas nourrir sa population ne peut pas prétendre émerger parce que c’est une question fondamentale ». Dans son ouvrage intitulé La mondialisation, trente ans après, paru début 2013, Alain Coeffe affirme en effet sans ambages que « quand la population a faim et ne peut pas se nourrir correctement, elle ne peut pas non plus résoudre les autres questions importantes dans le processus de développement ».

En tout cas, au moment où les désirs d’émergence poussaient d’une capitale africaine à l’autre avec une bonne dose de formules incantatoires, au moment où la Banque africaine de développement (BAD) lançait le grand chantier de la transformation en profondeur du continent, le Rebranding Africa Forum a eu le mérite de recadrer le débat, en mettant en cohérence les idées, stratégies et opportunités qui fleurissent d’un bout à l’autre du continent.

Le mot de la fin de cette première édition du RAF est revenu à Donald Kaberuka, actuellement Haut représentant de l’Union africaine pour le financement. L’ancien président de la Banque africaine de développement avait alors indiqué : « Lutter contre les inégalités, se battre pour une meilleure inclusion, gérer avec intelligence les différents défis et contradictions relevés dans le développement socio-économique du continent… Tels sont les éléments qui vont favoriser l’émergence. La croissance n’est qu’un moyen et une condition, mais elle n’est pas suffisante. Elle doit conduire à la transformation économique qui elle-même mènera à l’émergence. L’émergence ne se décrète pas, il faut y travailler ! »

Acte 2, 17 octobre 2015. Les réflexions de la deuxième édition du Rebranding Africa Forum portent sur le thème « Investir en Afrique, entreprendre pour l’Afrique ». Il s’est alors agi, à travers trois panels — Investir en Afrique : enjeux et opportunités ; Entreprendre pour l’Afrique : les secteurs clés ; L’innovation au cœur des investissements —  d’« identifier les défis susceptibles de rendre les économies africaines davantage attractives pour les investisseurs et entrepreneurs internationaux ». Mais également de mettre en lumière « les secteurs prioritaires vers lesquels doivent impérativement être orientés les investissements en Afrique, et selon quelles modalités ».

En réalité, le RAF venait, une fois de plus, d’enfourcher le bon cheval dans sa profession de foi d’être un creuset vertueux au service du continent, le cadre où « se pensent les profondes transformations dont l’Afrique a aujourd’hui besoin afin de faire peau neuve et attirer les partenaires indispensables pour relever le défi du développement ». La Cnuced (Conférence des nations unies sur le commerce et le développement) invitait en effet, en 2014,  à… « catalyser l’investissement pour une croissance transformatrice en Afrique ».En prenant appui sur les réelles intentions d’investissement en faveur du continent et en dégageant des pistes pertinentes pour tirer davantage profit du formidable potentiel économique de l’Afrique, considérée désormais comme la nouvelle frontière, le RAF invite et incite à l’action.

« Nous sommes fiers d’appartenir à un continent qui est considéré comme la nouvelle frontière. Oui, noussommes fiers de ces taux de croissance à deux chiffres, mais nous ne cesserons de prêcher pour que cette croissance soit plus inclusive », avait du reste martelé Thierry Hot, fondateur du RAF, en octobre 2014. Là-dessus, on retiendra aussi, avec Alexandre Vilgrain, président du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), que même si « cette riche Afrique est morcelée », elle dispose de « toutes les ressources pour passer du stade du développement à celui de l’émergence ».

Bonne nouvelle, mais en avons-nous suffisamment conscience et faisons-nous le nécessaire pour réussir la « transformation » de notre continent ? « Nous-mêmes Africains, avons-nous pris conscience de cet attrait soudain ? Et surtout, sommes-nous préparés ? L’Afrique, qui fut mal partie, apparaît comme le continent qui a le plus d’atouts… » Foi exprimée en 2014 par Daniel Evina Abe’e, ambassadeur du Cameroun en Belgique.

Même si le RAF et Samori Média Connection ont joué leur partition en éditant deux documents pertinents, deux guides, sur les thématiques des deux premières éditions du forum — « L’émergence de l’Afrique en 50 idées clés » et « Investir en Afrique, entreprendre pour l’Afrique : 50 idées et secteurs clés » — le questionnement reste d’actualité à la veille de cette troisième édition. Nous-mêmes Africains, avons-nous pris conscience… de notre rôle, même le plus effacé, dans les transformations profondes dont notre continent a besoin aujourd’hui ?

Serge Mathias Tomondji