Aujourd'hui,

POLITIQUE

Dans l’interview qu’il a accordée au magazine Fasozine et publié dans le N°67 (Janvier-Février 2017), l’ancien président de l’Assemblée nationale, qui préside actuellement aux destinées du Centre parlementaire panafricain, jette son regard pertinent et avisé sur des sujets d’intérêt général comme l’incivisme, la justice, la sécurité et la réconciliation nationale… Et pour lui, les critiques contre le nouveau pouvoir ne tiennent pas compte du contexte difficile dans lequel il s’est installé. Morceaux choisis.


Sur la première année de gestion du pouvoir par l’équipe de Roch Marc Christian Kaboré

«Je pense qu’avec de nouveaux dirigeants, notre cher pays, le Burkina Faso, vit une nouvelle expérience. La question n’est pas seulement qu’ils ont changé de position et sont maintenant au sommet, c’est aussi que l’environnement institutionnel, social, politique global dans lequel nous vivons n’est plus le même. Nous avions un régime qui avait duré presque trente ans, qui était clairement arrivé à bout de souffle… Cela s’inscrit dans l’ordre normal des choses.

Nous sommes dans un nouveau départ après les évènements de fin octobre 2014, et ce nouveau départ-là cherche encore ses marques aux plans institutionnel, politique, économique et social. Ce sont tous ces éléments qu’il faut mettre ensemble pour dégager une appréciation juste et équilibrée sur la gestion du président Roch Marc Kaboré au sommet de l’Etat. »

 
Sur les critiques contre le régime

«Contrairement à certaines personnes, moi je dirais que ça marche! Il y a beaucoup de critiques sévères contre le régime, mais ces critiques ne tiennent souvent pas compte du fait que le nouveau pouvoir n’est en place que depuis seulement un an. Et le contexte est difficile. On ne remplace pas aussi facilement quelqu’un comme Blaise Compaoré, qui était là depuis une trentaine d’années! Et surtout, on ne remplace pas aussi facilement des acteurs politiques dont le parti politique dominait la scène de manière incontestable et incontestée. (…) »

Sur la question de l’incivisme grandissant

«Certaines personnes qui connaissaient le Burkina se demandent aujourd’hui, lorsqu’ils passent par Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, si c’est toujours le même pays, tellement nous étions cités en bon exemple de la discipline dans la rue. Aujourd’hui, tout est tellement confus dans la circulation que ceux mêmes qui la règlent semblent perdus. Il y a un véritable problème sur la question de l’incivisme. Le respect de l’autorité n’y est plus du tout, ce qui pose la question de l’Etat.

Les sociologues et les politologues définissent l’Etat comme un espace social normalisé dans lequel il y a des normes qui fonctionnent. Et on peut se demander aujourd’hui si le Burkina a un espace social normalisé. Je me demande s’il ne faudrait pas recommencer la construction par la base. Il faudra lancer une réflexion à tous les niveaux pour voir pourquoi c’est ainsi et ce qu’il faudrait faire. Ce qui est inquiétant, c’est lorsque vous discutez avec les gens et qu’ils vous disent que de toute façon l’Etat même est ainsi. (…) »

 Sur la justice…

«Il faudrait certainement consolider ce qu’on attend de la justice et il faudrait que la justice elle-même se comporte autrement qu’une simple institution. Pour moi, la justice est un organe opérationnel qui agit dans un domaine extrêmement sensible. Et les citoyens attendent peut-être trop de la justice. Mais c’est clair que de la même manière que l’Etat fait l’effort de mettre les magistrats dans de bonnes conditions, il faudrait qu’eux-mêmes reconsidèrent leurs missions autrement en les mettant en rapport avec les attentes de la population, notamment en termes de qualité des magistrats, de qualité des structures et de qualité des décisions prises. (…) »

 
Sur la nécessité de la réconciliation

«De toute façon, il le faut! Ce qui a amené les Burkinabè aux évènements des 30 et 31 octobre 2014, ce n’était pas d’abord la fracture sociale. Les débats ont achoppé sur un point précis qui était l’article 37 de la Constitution, c’est-à-dire un nouveau mandat éventuel pour celui qui était au pouvoir. Mais on ne peut pas dire, si on est honnête, que c’est une grande fracture sociale qui a conduit aux évènements des 30 et 31 octobre 2014. Il est vrai que les évènements ont installé une fracture incontestable, et la réconciliation nationale, à mon avis, est indispensable. (…)

Pour moi, le gouvernement doit s’asseoir, réfléchir et penser à un certain nombre de gestes symboliques. C’est un problème si des cadres pensent qu’ils sont écartés de tout parce qu’ils sont du CDP ou d’un autre parti de l’opposition. En effet, ce problème s’était déjà posé sous le CDP où certains se sont sentis mis à l’écart du fait de leur couleur politique. Or, il suffirait que l’Etat soit le plus objectif possible, et qu’on confie les responsabilités aux gens en fonction de leur compétence et non en fonction de leur option politique.

Il est également important que le parti qui n’est pas au pouvoir ne donne pas l’impression qu’il est là uniquement pour gêner celui qui dirige. Le rôle d’une opposition n’est pas de gêner ceux qui sont au pouvoir. Les opposants ne sont pas là pour empêcher les gens qui ont été élus de jouer le rôle que la population leur a confié. »

 
Interview intégrale à lire dans le N°67 de votre magazine actuellement en vente

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Des mots pour le dire...

Sondage

Jugez-vous important de mettre en place au Burkina un gouvernement paritaire Hommes-Femmes pour une meilleure représentativité des femmes dans les centres de décision?

Publicité

Rejoins-nous sur Facebook

Publicité

NEWSLETTER

Abonnez vous à notre bulletin d'informations pour être quotidiennement informé