Aujourd'hui,
URGENT
Classement Fifa: Les Étalons du Burkina 6e en Afrique et 44e dans le monde 
Burkina: la production céréalière prévisionnelle de la campagne agricole 2017-2018 estimée à 4 552 273 tonnes.
Burkina: la production céréalière en baisse de 0,32% par rapport à la campagne agricole précédente.
Burkina: la production céréalière en baisse de 1,01% par rapport à la moyenne des 5 dernières années. 
Burkina: les productions céréalières prévisionnelles rapportées aux besoins de consommation font ressortir un déficit brut de 72 677 tonnes
Campagne agricole: près de 3 millions de Burkinabè seront en situation d'urgence alimentaire
La Haye: Ratko Mladić condamné à la prison à perpétuité
Campagne agricole: 17 provinces déficitaires (Conseil des ministres)
Burkina: Les administrateurs civils observeront trois jours de grève ( 28 au 30 novembre 2017)
Religion: la célébration du Maouloud est prévue dans la nuit du jeudi 30 novembre au vendredi 1er décembre 2017 (FAIB).

CULTURE

Arrivé au Burkina Faso dans les années 1990, Berni Goldblat décide de s’installer à Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays. Il cofonde l’association Cinomade qui vise à sensibiliser les populations rurales à travers le cinéma itinérant. Il crée également «Les films du Djabadjah», une société de production audiovisuelle. Depuis 2012, il se passionne pour la réhabilitation du Ciné Guimbi. Un projet généreux et humain sur lequel il a bien voulu éclairer les lecteurs de Fasozine. Entretien.


Fasozine: Comment est née l’idée de réhabiliter le Ciné Guimbi?
L’idée est née d’un rêve qui est devenu aujourd’hui une réalité grâce au soutien des uns et des autres. C’est en quelque sorte une grosse frustration qui a été l’élément déclencheur de ce projet. Un soir de 2012, mon épouse, Sali, et moi avons en effet imaginé rouvrir une salle de cinéma dans cette belle ville de Bobo-Dioulasso. En faisant le tour de la ville, nous nous sommes rendu compte que toutes les salles qui appartenaient à l’Etat — Ciné Houet, Ciné Sia, etc. — avaient été vendues et transformées en commerces divers! A l’exception du Ciné Guimbi qui était la propriété de la famille Touré dans le quartier populaire de Koko, au centre-ville.
Nous sommes allés voir les propriétaires pour leur exposer notre projet: refaire une salle de cinéma qui portera le même nom. Nous leur avons fait savoir que nous n’avions pas d’argent immédiatement et demandé un moratoire de 18 mois sur la vente. L’Association de soutien du cinéma au Burkina Faso (ASCBF) a alors été fondée et tout s’est passé comme promis: nous sommes entrés en possession de la terre après avoir suivi toutes les procédures en bonne et due forme, avec l’aide d’un notaire.

Vous êtes donc les nouveaux propriétaires des lieux…
La terre appartient à l’Association de soutien du cinéma au Burkina Faso et non à un individu. Pour la famille Touré, il était important que nous gardions le lieu comme un cinéma et avec le même nom de Guimbi. En plus, Guimbi Ouattara fait partie du patrimoine culturel de la ville de Bobo-Dioulasso. C’est une princesse qui a existé, et dont le mausolée se trouve juste à 150 mètres derrière la salle de cinéma. Elle s’est battue pour la ville de Bobo-Dioulasso et nous sommes fiers de perpétuer son nom à travers la réhabilitation de cette salle mythique.

Comment se déroule la réhabilitation?
Elle est toujours en cours. Nous avons décidé d’imaginer un nouveau cinéma sur la parcelle même du Ciné Guimbi, ouvert en 1956 et fermé en 2005; un nouveau type de cinéma, moderne, un peu révolutionnaire, qui soit adapté à notre temps. Un lieu de rencontre, de divertissement mais aussi un lieu de formation et de sociabilité.
On aura ainsi deux salles de cinéma, dont une petite de 174 places et une grande de 324 places. Il y aura aussi un bar, un restaurant, des bureaux, un centre de ressources et une salle multifonctions. Nous avons parcouru le monde et avons créé un réseau de soutien de plusieurs  centaines de personnes; ce qui a permis de récolter des fonds publics et privés. Aujourd’hui, nous avons fini le gros œuvre de la petite salle qui est vraiment sortie de la terre. Nous sommes déjà au troisième étage et abordons les finitions!

Tout se passe bien alors?
Nous sommes toujours en train de lever les fonds. C’est dur, cela nécessite évidemment des nuits blanches en série. Au début du projet, beaucoup ne nous croyaient pas. En tout cas, ceux qui ont cru en nous, nous ont donné beaucoup de courage. Force est de constater que ce projet est réel aujourd’hui. Mais nous avons toujours besoin d’argent et c’est très difficile d’arriver au bout. Cependant, nous travaillons d’arrache-pied pour finir la petite salle, le bar, le restaurant, les bureaux et… procéder à l’ouverture.

Et qu’en est-il de la grande salle?
C’est sur l’espace de la grande salle que se trouve le vieil écran. Pour commencer, nous organiserons des projections en plein air en même temps que la petite salle sera fonctionnelle, en attendant de trouver les fonds nécessaire pour construire la grande salle. Comme nous sommes pragmatiques, nous pensons déjà pouvoir créer, à travers l’ouverture de la petite salle, des choses superbes pour la ville de Bobo-Dioulasso qui n’a plus aucune salle de cinéma et qui manque cruellement de lieu de loisir de ce type. Pour nous, la culture est un droit de l’Homme, un besoin. On a une ville d’un million d’habitants, on dit que c’est la capitale culturelle et il n’y a même pas d’écran! C’est vraiment grave!
En tout cas, ce que nous proposons est plus qu’une salle de cinéma. On fera de l’éducation à l’image pour les enfants. Nous ferons venir les enfants des écoles, ainsi que ceux qui ne sont pas scolarisés, pour qu’ils comprennent comment déchiffrer un film, apprennent à analyser l’image et le son qu’ils reçoivent. Nous aurons également bien sûr des films de divertissement.
Nous nous concentrerons sur la programmation africaine, mais il y aura aussi des films étrangers parce qu’il faut voyager avec le cinéma. Lorsque tu voyages, tu rencontres d’autres cultures, tu apprends d’autres manières de vivre. C’est en effet l’un des objectifs importants de Ciné Guimbi, qui ambitionne  d’être un pôle culturel et un pont vers les autres cultures, un pont de tolérance et d’ouverture.

Comment financez-vous cette réhabilitation?
Nous nous battons car nous n’avons pas d’argent. Diverses personnes et institutions nous encouragent et soutiennent notre démarche: des anonymes qui ont donné de l’argent, des structures publiques en Belgique tel que WBI (Wallonie-Bruxelles International, Ndlr), la Coopération suisse, des fondations privées, le ministère burkinabè de la Culture… Mais nous en attendons toujours plus, notamment des autorités nationales. Nous pensons que l’Etat burkinabè peut en faire davantage. Aujourd’hui, le Ciné Guimbi est devenu — et nous en sommes très fiers! — un ambassadeur non pas de Bobo-Dioulasso mais du Burkina et de l’Afrique dans le monde.
En tout cas, le ministre de la Culture, Tahirou Barry, ne manque aucun rendez-vous du Ciné Guimbi parce qu’il a compris aussi l’importance et l’espoir qu’il cristallise et symbolise. Franchement, nous appelons l’Etat à poursuivre et à renforcer son soutien, car sans l’Etat on ne peut rien faire. Nous sommes une association et pas une entreprise privée qui investit pour se faire de l’argent. La réhabilitation du Ciné Guimbi est un projet culturel de grande importance et nous ne doutons pas que les autorités burkinabè continueront de nous soutenir. Nous appelons aussi les opérateurs économiques privés à nous accompagner dans la concrétisation pleine et entière de ce projet.

Des difficultés…?
Elles sont énormes et quotidiennes. Nous ne dormons pas. A chaque fois que nous avançons, nous rencontrons des problèmes. Il faut convaincre. Pour l’obtention du moindre franc CFA, le moindre sac de ciment, c’est une lutte que nous menons. Fin mai dernier, j’ai participé au festival de Cannes où j’ai fait des rencontres, donné des conférences, vendu des sièges. Beaucoup de travail se fait dans l’ombre, au quotidien. C’est vraiment un projet difficile mais nous sommes confiants et sûrs que ça marchera.
Nous sommes confiants parce que nous sommes sûrs du caractère nécessaire et juste de la démarche. Au Burkina, quand on dit soutenir, les gens pensent toujours à l’argent; alors qu’on peut soutenir le projet de plusieurs manières.

Comment se dessinent les futurs jours du ciné Guimbi?
Notre objectif est qu’en décembre prochain, on procède à l’ouverture de la petite salle, du bar, du restaurant et des bureaux. Nous restons toujours ambitieux. Si nous ne réussissons pas à tenir ce délai, ce n’est pas grave. Ce n’est pas une course. Nous ne courons pas derrière le temps. Au contraire, nous prenons notre temps. Mais là aussi, ce n’est pas uniquement une histoire d’argent. Les entreprises doivent jouer le jeu: il faut que les délais soient respectés, que les pluies ne soient pas trop violentes, etc.
Si l’objectif de fin 2017 pour l’ouverture n’est pas atteint, nous viserons le premier trimestre de 2018. Ce qui est important, c’est qu’on puisse achever cette première étape afin que le monde entier voie que ce projet est viable. D’ailleurs, c’est le Ciné Guimbi qui abritera le Fespaco 2019 à Bobo-Dioulasso, avec une belle salle de cinéma moderne.

Quelle leçon tirez-vous d’ores et déjà de cette initiative?
Le ciné Guimbi est un modèle. Les gens nous appellent du Mali, de Madagascar, du Maroc, du Sénégal… pour partager cette expérience afin que d’autres projets similaires voient le jour en Afrique et ailleurs. En somme, plus que jamais nous avons vraiment besoin de soutien. Aujourd’hui, il faut que les gens s’affichent à nos côtés. Ils ne seront pas déçus et cela fera gagner tout le monde. C’est ensemble que nous sommes forts.

© Fasozine N°70, Juillet-Août 2017

Berni Goldblat en deux mots

Cinéaste, réalisateur de films et producteur, Berni Goldblat, Suisse d’origine et Burkinabè d’adoption, est aussi formateur pour de jeunes auteurs africains en écriture de films documentaires. En l’an 2000, il fonde Cinomade. «Nous créons, produisons et distribuons des films qui suscitent des débats, et nous travaillons dans les lieux où les messages ont plus du mal à passer», indique Berni Goldblat qui écume les festivals et dont les productions sont régulièrement primées.
Affable et on ne peut plus sympathique, Berni — ainsi qu’on l’appelle affectueusement — tourne actuellement beaucoup avec sa dernière œuvre de fiction, Wallay, coproduite par «Les films du Djabadjah», sa société de production cinématographique, également basée à Bobo-Dioulasso. Last but not least, Berni porte avec bonheur la casquette de président de l’Association de soutien du cinéma au Burkina Faso qui conduit le projet de réhabilitation du Ciné Guimbi qui lui tient tellement à cœur et pour lequel il s’investit corps et âme à travers le monde, entre plaidoyers et lobbying.

Infos: www.cineguimbi.org



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Commentaires  

#1 Hama Hamidou DICKO 14-08-2017 11:26
Franchement beaucoup de courage et bonne suite à Berni Goldman et à tous ceux et à toutes celles qui l'accompagnent. C'est un projet très louable. J'ai personnellement été peiné de voir le Ciné Guimbi, dans l'état où il végétait. Vivement que ce projet soit entièrement une réalité, dans son intégralité. Merci et bon vent Berni. Moi, je me nomme Hama Hamidou DICKO
Citer